Commencer chapitre I
Chapitre IX sur 29

Ravensbrug et la Rencontre avec Gaiana

Orinis se réveilla avec le goût du sang dans la bouche et l'odeur de plantes médicinales dans le nez.

Deux informations contradictoires. Soit il était mort et l'enfer sentait la lavande, soit quelqu'un l'avait sauvé. Vu la douleur dans ses côtes, c'était la deuxième option.

Il se redressa en grognant, une main sur le flanc. Un lit de paille. Des murs en pierre. De la lumière douce à travers une fenêtre. Dans le lit d'à côté, Kaeden ronflait, le visage tuméfié. Et le souvenir brutal de leur raclée lui revint d'un coup : Azrael, ses hommes, le sol qui se rapprochait très vite.

"Putain, j’ai l’impression d’avoir été piétiné par un troupeau de chèvres en rut", murmura-t-il.

Comment ils étaient arrivés là restait un mystère. Plus tard, on leur raconterait qu'un homme encapuchonné, au visage caché, les avait ramassés dans la poussière comme deux sacs de pommes de terre et portés jusqu'au village le plus proche, Ravensbrug, un trou perdu au milieu des collines, connu pour ses sources d'eau chaude et ses guérisseurs légendaires, et qu'il était reparti sans dire son nom ni rien demander en échange.

Une silhouette entra dans la pièce, et pour Orinis, le monde se mit à tourner au ralenti. Gaiana, une jeune femme aux cheveux noirs ondulés et aux yeux très sombres, entra avec un plateau d’herbes et de bandages. Elle se déplaçait avec la souplesse d’une chatte. Sa robe fluide épousait ses courbes d’une manière qui fit oublier d’un coup à Orinis toutes ses blessures. Elle avait quelque chose d’envoûtant, et son sourire faisait perdre à Orinis le peu de fierté qui lui restait.

Orinis, toujours un peu groggy, la fixa bouche bée. "Euh… salut ?" balbutia-t-il, la mâchoire légèrement décrochée.

Gaiana, l'Enchanteresse de Ravensbrug

Gaiana s’approcha d’Orinis, un sourire amusé sur ses lèvres pleines. "Salut, grand guerrier. J’espère que tu n’as pas trop mal à la tête après ta défaite… spectaculaire."

Orinis essaya de se redresser et de prendre une pose virile, malgré ses bandages qui le faisaient ressembler à une momie mal en point. "Oh, ça ? C’était rien, juste… une tactique pour attirer l’attention d’une belle femme comme toi." Il lui fit un clin d’œil maladroit.

Gaiana éclata de rire. "C’est la première fois que je vois quelqu’un se faire rouer de coups comme ‘tactique’ de séduction. Mais j’imagine que chacun ses méthodes."

Kaeden, qui s’était réveillé juste à temps pour entendre la tentative de drague d’Orinis, éclata de rire à son tour en se tenant les côtes. "Ça alors, j’ai entendu des conneries dans ma vie, mais là, tu bats tous les records, mon pote."

Orinis lui fit signe de se taire, pour sauver ce qui lui restait de dignité. "Et toi, tu te crois plus malin avec ta gueule de pierre ?" Puis il se tourna de nouveau vers Gaiana avec un sourire qu’il espérait charmant. "Il plaisante. En réalité, je suis un héros intrépide. Les filles adorent ça."

Gaiana le regarda un instant, les yeux plissés, comme si elle se demandait s’il était sérieux ou juste pathétique. "Peut-être", dit-elle avec un petit sourire. "Mais pour l’instant, tu es surtout un patient qui a besoin de repos… et d’un peu de pommade."

La Pommade

Après quelques vannes et quelques regards, Gaiana commença à s’occuper des blessures d’Orinis. Elle étala une pommade sur ses bleus et massa doucement ses muscles endoloris, ce qui lui arracha un soupir de soulagement.

"Ah, c’est bon… très bon même", dit Orinis, les yeux fermés. "Tu as des mains magiques, tu sais ça ?"

"Oui, on me le dit souvent", répondit Gaiana, avec une pointe de malice.

Mais soudain, elle s’arrêta sur une blessure bizarre, en bas du dos d’Orinis. Elle plissa le nez et attrapa un petit pot de pommade épaisse et odorante, ce qui fit ouvrir grand les yeux à Orinis.

"Attends, attends… c’est quoi ça ?" demanda-t-il, méfiant.

"Un baume spécial. Très efficace. Une recette maison. Mais il faut l’appliquer… euh… dans une zone assez sensible. Je ne sais pas ce que vous ont fait vos ennemis, mais on dirait qu’ils ont pris un malin plaisir à vous lacérer certains endroits." Gaiana fit un geste ambigu, du doigt, vers ses propres fesses, et Orinis se crispa aussitôt.

"Non… tu veux dire… ?" demanda-t-il, horrifié.

Gaiana hocha la tête avec un sourire angélique. "Exactement. Il va falloir que tu baisses ton pantalon."

Kaeden, qui suivait la scène depuis son lit, éclata de rire à s’en étouffer. "Alors là, je vais m’en souvenir toute ma vie. Orinis, le grand guerrier qui abandonne toute dignité !"

Orinis devint rouge, de honte et de rage. "T’es sûre que c’est absolument nécessaire ?" tenta-t-il, désespéré.

Gaiana, impassible, se pencha vers lui, les lèvres près de son oreille. "C’est soit ça, soit tu gardes cette douleur pendant des semaines, voire des années… et crois-moi, ce sera pire."

Coincé, Orinis céda. Il baissa son pantalon en grommelant des insultes à mi-voix, pendant que Kaeden se roulait de rire sur son lit.

"Bon, d’accord, vas-y…" dit-il en essayant de garder un air stoïque.

"Bien, détends-toi", répondit-elle avec un sourire moqueur. "C’est très courageux de ta part."

Les Premiers Doutes

Après cette scène, Kaeden et Orinis se reposèrent, pansés et apaisés par les soins de Gaiana. Mais malgré l’ambiance légère, leur défaite face à Azrael leur labourait encore le crâne. C’était la première fois qu’ils se faisaient mettre au tapis, et ça allait les ronger plus que leurs blessures.

Gaiana vint les voir le soir, curieuse. "Vous avez l’air costauds, tous les deux. Mais j’en ai déjà vu arriver ici, des guerriers blessés après avoir affronté Azrael… qu’est-ce qui vous pousse à continuer ?"

Orinis, qui essayait toujours de jouer les durs avec la pommade encore un peu collante sur son arrière-train, répondit avec un sourire forcé. "Parce qu’on supporte pas l’idée de laisser un connard prétentieux se croire invincible. On a peut-être perdu une bataille, mais on perdra pas la guerre."

Kaeden hocha la tête, mais son regard restait sombre. "Azrael a peut-être eu le dessus cette fois, mais il va se souvenir de nous… et la prochaine fois, ce sera différent."

Gaiana les regarda un moment, plus douce. "Je crois en vous. Mais soyez prudents. Azrael ne gagne pas ses combats à la force seule. Il cache quelque chose."

Orinis s’approcha d’elle et planta son regard dans le sien. "Tu as l’air d’en savoir beaucoup, Gaiana. Pourquoi tu viendrais pas avec nous ? Avec toi à nos côtés, on aurait plus de chances de réussir." Il lui fit son sourire de charmeur, mais Gaiana était dure à impressionner.

"Voyons, Orinis, tu es encore à peine remis de ta dernière ‘tactique de séduction’", répondit-elle en souriant. "Mais on verra… si vous prouvez que vous êtes vraiment à la hauteur, peut-être que je vous aiderai. En attendant, reposez-vous. Vous en aurez besoin."

Le Rêve d'Orinis

La fièvre le prit dans la nuit.

Il rêva de son village. Pas le village en flammes qu'il revoyait d'habitude, mais le village d'avant. Celui avec les champs de blé, le chien borgne qui dormait près du puits, et la voix de sa mère qui l'appelait pour le dîner.

Dans le rêve, il avait sept ans. Il courait dans les champs, et le blé lui arrivait à la taille. Le ciel était orange et mauve, le genre de ciel qu'on ne voit qu'en été, quand le monde a l'air de s'excuser d'avance pour tout le malheur qu'il va foutre.

Sa mère était sur le seuil. Elle souriait. Elle disait quelque chose qu'il n'arrivait jamais à entendre. Il courait vers elle, mais plus il courait, plus elle s'éloignait. Le blé devenait cendres. Le ciel devenait noir. Et la voix de sa mère se changeait en un hurlement que le vent emportait.

Il se réveilla en sueur, le cœur battant, les poings serrés. Gaiana était là, une main fraîche sur son front. Il ne l'avait pas entendue entrer.

"Mauvais rêve ?"

Il ne répondit pas. Certains rêves sont trop vrais pour être racontés. Elle n'insista pas, et elle resta assise au bord du lit jusqu'à ce que sa respiration se calme. Le lendemain, ni l'un ni l'autre n'en parla.

Orinis et Kaeden restèrent donc à Ravensbrug, soignés par une enchanteresse aussi mystérieuse que séduisante, avec encore tout à prouver. La prochaine rencontre avec Azrael s’annonçait plus dangereuse que la première. Cette fois, Azrael aurait en face de lui deux hommes debout.

Fin du chapitre IX