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Chapitre VIII sur 29

La Rencontre avec Azrael

Ils marchaient comme des rois.

Deux jours après les Bons Chibrons, Kaeden sifflotait encore en tapotant la Trompe à sa ceinture. Orinis, pour sa part, avait pris l'habitude de raconter leur victoire à quiconque voulait l'entendre, c'est-à-dire personne, vu qu'ils étaient seuls dans la plaine. Mais ça ne l'empêchait pas. À chaque version, les Bons Chibrons étaient un peu plus nombreux, et la glissade un peu plus longue.

Ils se croyaient invincibles. Ce qui est, dans l'histoire de l'humanité, le meilleur moyen de se prendre une raclée.

La Rencontre Inattendue

Les plaines cédaient aux collines rocheuses, et l’air pesait sur leurs épaules. Ils approchaient du territoire de l’Archonte Noir, un coin que même les voyageurs les plus aguerris contournaient. Là régnait un seigneur dont on murmurait le nom dans les tavernes et sur les places de marché : Azrael le Magnifique.

Azrael était un chef de guerre à l’allure noble, avec assez de charisme pour faire taire une foule. Derrière son sourire charmeur, il y avait une cruauté sans fond et une soif de domination qui avait déjà brisé des armées. On le connaissait pour ses méthodes impitoyables, et surtout pour sa manière de mater ceux qui osaient lui tenir tête.

Kaeden sifflotait toujours. Ils ne virent pas les ombres se faufiler entre les rochers, ni les regards qui les suivaient. Ils comprirent qu’ils n’étaient plus seuls seulement quand un rire doux et moqueur résonna dans la vallée.

L'Apparition d'Azrael

La brume se dissipa lentement et révéla une silhouette imposante, drapée dans un long manteau noir brodé de fils d’argent. Azrael le Magnifique se tenait debout sur un rocher, les bras croisés, un sourire amusé sur ses lèvres fines. Ses cheveux noirs ondulaient sous la brise, et il les regardait comme on regarde deux poulets sur un étal.

"Eh bien, eh bien… qu'avons-nous là ?" lança-t-il d’une voix douce, presque charmeuse. "Deux héros arrogants qui pensent pouvoir traverser MON territoire sans ma permission ? Vous avez du culot, je vous l’accorde."

Kaeden se redressa, serrant son marteau. "Et toi, t’es qui pour parler comme ça ?"

Azrael descendit lentement de son perchoir, à pas mesurés, comme s’il dansait. "On ne t’a jamais appris les bonnes manières, mon garçon ?" répondit-il, un sourire moqueur aux lèvres. "Je suis Azrael le Magnifique, et tout ce que tu vois ici m’appartient. Le sable, les rochers… et même vos vies."

Orinis haussa un sourcil. "Magnifique, hein ? T’as pas peur de te jeter des fleurs ?"

Azrael s'arrêta, et son sourire s'élargit. "Oh, mais je ne fais que décrire la réalité. Voyez-vous, la beauté et la puissance vont souvent de pair. Et quand on possède les deux, on peut tout se permettre." Ses yeux se plissèrent. "Vous, par contre, vous êtes en territoire étranger, et ça… ça demande un paiement."

Kaeden, sûr de lui, sortit la Trompe et la brandit. "Tu sais ce que c’est, ça ? Une arme qui a mis à genoux tous ceux qui ont croisé notre chemin. Si tu veux éviter de finir comme les Bons Chibrons, tu ferais mieux de nous laisser passer."

Azrael regarda la Trompe, puis éclata d’un rire cristallin. "Oh, c’est adorable. Vraiment. Vous pensez pouvoir m’intimider avec… ça ?"

Kaeden souffla. Fort. Désespéré.

Un filet d'air pathétique s'échappa de la Trompe. Pas de Poudre de Cosmalion. Pas de culs chantants. Rien. Juste un petit « pfuit » ridicule, qui résonna dans le silence de la vallée comme un pet pendant un enterrement.

Orinis ferma les yeux. Kaeden regarda la Trompe, puis Azrael, puis la Trompe à nouveau. Il la secoua comme une gourde vide. Son sourire était déjà en train de fondre.

Azrael applaudit lentement. Trois claquements, espacés, délibérés.

La Leçon

Azrael les observa, amusé, puis s’avança lentement, une lueur dangereuse dans les yeux. "Oh, je vois… vous avez mis tous vos espoirs dans un jouet magique, et maintenant il vous a lâchés. Quelle déception." Il s’arrêta à quelques mètres de Kaeden et le regarda droit dans les yeux. "Laissez-moi vous dire quelque chose, mes chers petits héros. Une vraie arme, ça se porte à l’intérieur. Un artefact pathétique qui casse après quelques utilisations, c’est un jouet."

Orinis serra ses lames, prêt à se battre. "On n’a pas besoin de ta leçon de morale, Azrael. On va se battre, et on va te terrasser."

Azrael soupira en levant les yeux au ciel. "Pourquoi est-ce que tous ceux que je rencontre pensent pouvoir me défier ? C’est la jeunesse qui vous rend si idiots ?" Il fit un geste de la main, et une douzaine de ses hommes surgirent des ombres, armés et prêts à attaquer. "Vous voulez vous battre ? Très bien. Mais ne venez pas pleurer quand je réduirai vos rêves en poussière."

Kaeden et Orinis échangèrent un regard. Ils étaient sûrs de gagner. Ils avaient déjà battu des créatures bien plus terrifiantes que ce frimeur… mais quelque chose dans la voix d’Azrael les mettait mal à l’aise. Comme s’il connaissait déjà la fin.

"Très bien, alors", dit Kaeden en levant son marteau. "On va te montrer ce qu’on vaut."

La Première Défaite

La bataille fut rapide et brutale. Et cette fois, Kaeden et Orinis se firent dominer. Les hommes d’Azrael étaient nombreux, bien entraînés, et chacun de leurs gestes semblait calculé. Le pire, c’est qu’Azrael ne bougeait même pas. Il les regardait se faire briser, le sourire aux lèvres.

Kaeden voulut frapper l’un des hommes d’Azrael, mais avant même qu’il ait levé son arme, un coup violent l’envoya au sol. Orinis se battit bien, il esquivait, il frappait, mais ils étaient trop nombreux. La Trompe, devenue inutile, pendait mollement à la ceinture de Kaeden.

Azrael finit par s’avancer, d’un pas léger et élégant, et s’arrêta au-dessus de Kaeden, qui luttait pour se relever. "Vous voyez ? Tout ce que vous avez accompli jusqu’ici, tout ce qui vous a fait croire que vous étiez invincibles… c’était une illusion." Il se pencha et lui attrapa le menton pour le forcer à le regarder. "Et moi, je suis là pour vous rappeler que la réalité est bien plus cruelle."

Orinis essaya de se relever pour attaquer, mais un des hommes d’Azrael le plaqua au sol. Azrael se redressa et leva les bras comme un chef d’orchestre devant une symphonie qui part en vrille. "La leçon du jour est simple : l’arrogance mène à la chute. Pensez-y ce soir, quand vous lécherez vos plaies."

Sur ces mots, il fit signe à ses hommes de reculer. Il leur laissait juste assez de force pour se relever, humiliés mais vivants. Azrael se retourna une dernière fois, les yeux pleins de malice. "La prochaine fois, je ne serai pas aussi clément. Et croyez-moi, il y aura une prochaine fois."

Kaeden resta à genoux. Le goût du sang dans sa bouche. Le poids de la Trompe inutile à sa ceinture. Le silence d'Orinis à côté de lui.

Pour la première fois depuis le début de leur quête, aucun des deux ne trouva quelque chose de drôle à dire.

Dans l'Ombre d'Azrael

Quand les deux gamins ne furent plus que deux points titubants au bout de la vallée, puis deux points qui ne bougeaient plus, Azrael cessa de sourire.

Il se tourna vers son lieutenant, un homme au visage couturé dont le nom n'avait plus d'importance depuis longtemps. "Leur trompette. Où l'ont-ils trouvée ?"

"Dans le gosier du Phallonneux, seigneur. D'après les Bons Chibrons. Ils pleurent ça dans toutes les auberges."

Azrael resta un moment silencieux. "Intéressant," dit-il, et il n'en dit pas plus.

Il fixa le point où Kaeden et Orinis avaient disparu. "Ces deux-là cherchent le SPN. Ils ne savent pas ce que c'est. Moi non plus, d'ailleurs, pas encore. Mais ils iront là où je ne peux pas aller, ils ouvriront des portes que personne n'ouvre, et ils le trouveront. Les idiots utiles ont toujours cette qualité."

"Vous auriez pu les tuer."

"J'aurais pu." Il marcha vers son cheval, et ses pas ne laissaient aucune trace dans la poussière. "Laissez-les avancer. Quand ils auront fait le travail, on n'aura plus qu'à se servir."

Le lieutenant hocha la tête. "Et s'ils deviennent un problème ?"

Azrael monta en selle. Son sourire revint d'un coup, comme un masque qu'il enfilait par habitude.

"Personne ne devient un problème pour moi. On devient un outil, ou on devient un exemple."

Fin du chapitre VIII