Kaeden attendit exactement quatre minutes après Perdithorne avant de commencer.
"Alors. Vous deux."
Orinis soupira. "Non."
"Comment ça, non ? J'ai vu vos mains. J'ai vu vos regards. J'ai vu le rouge sur tes joues, mon pote, et c'était pas le soleil."
Il tint ainsi toute la journée, et le lendemain aussi. Alors qu’ils traversaient un petit bois aux feuillages bien touffus, parfaits pour se cacher, Kaeden se retourna brusquement en faisant mine d’éclater de rire. "Eh ben, les deux tourtereaux, vous comptez attendre encore longtemps avant de vous 'jeter' l'un sur l'autre ? À force de vous effleurer, vos phalanges doivent déjà brûler d’envie, hein ?"
Orinis, déjà rouge pivoine, fit un geste exaspéré. "Kaeden, pourrais-tu ne pas…"
Mais Kaeden ne l’écoutait pas. "Ne pas quoi ? M'émerveiller devant le spectacle qui se déroule juste sous mes yeux ? Regarde, c’est beau ! Le frêle guerrier épris de la puissante enchanteresse… Vous devriez remercier Perdithorne d’avoir réveillé vos petits désirs refoulés."
Gaiana, qui essayait de garder son sérieux, pinça les lèvres, les joues roses malgré elle. "Kaeden, ça devient un peu lourd."
"Oh, un peu ? Crois-moi, moi aussi, je la sens passer, la lourdeur de ce moment ! Mais l’amitié, c’est tout partager, non ? Vos regards langoureux, vos hésitations, vos pensées qui descendent clairement plus bas que vos ceintures de chasteté," railla-t-il.
Le Pont des Soupirs Incontrôlés
Ils arrivèrent à un vieux pont de bois suspendu au-dessus d’une rivière aux eaux sombres. Orinis tendit la main pour aider Gaiana à traverser, et Kaeden éclata de rire derrière eux.
"Allez-y, allez-y ! Main dans la main, le regard plongé dans l'âme de l'autre ! Ce pont devrait s’appeler le Pont des Soupirs Incontrôlés ! Ou bien… quelque chose de plus évocateur, mais disons que ma créativité a atteint le sommet de sa décadence !"
Orinis serra la mâchoire et aida Gaiana à franchir le pont sans répondre. Mais même lui sentait ses doigts le trahir chaque fois qu'ils frôlaient les siens. Une fois de l'autre côté, ils s'arrêtèrent, leurs mains toujours entrelacées. Kaeden, qui arrivait derrière, posa les poings sur les hanches, triomphant.
"Eh bien, le preux Orinis, je te savais doué pour manier une lame, mais qui aurait cru que tu étais aussi un maître des manœuvres de phalanges dans le jeu de la séduction ? Ça m’en ferait presque oublier les exploits de la Trompe Sacrée."
Gaiana se retourna, exaspérée, mais un sourire malicieux aux lèvres. "Peut-être qu'un jour, Kaeden, tu découvriras toi aussi ce que ça fait de… ressentir autre chose que ton marteau."
Kaeden éclata de rire. "Ha ! Si mon marteau avait des sentiments, je l'épouserais ! Mais en attendant, laissez-moi savourer ce beau désordre amoureux. Vous êtes comme deux petits lapins perdus dans le Bois des Tentations. Moi, je me régale !"
La Nuit Tombante et la "Garde"
Ils montèrent le camp au crépuscule. Gaiana préparait le repas, Orinis étendait les couvertures, et Kaeden… restait en retrait, les bras croisés, un sourire satisfait sur le visage.
"Je prendrai la première garde cette nuit," déclara-t-il avec un clin d'œil. "Ne vous gênez pas, je resterai de dos."
Orinis, qui essayait de rester calme, murmura à Gaiana : "Peut-être qu'on devrait l’assommer avec son propre marteau…"
Gaiana rit, les yeux pétillants de malice. "Ou alors, on l’ignore. Si on arrête de lui donner de l’attention, il se calmera peut-être."
"Eh oh, je vous entends, hein !" rétorqua Kaeden, faussement offusqué. "Et sachez que je ne dormirai que d’un œil ! On ne sait jamais, les ombres sont pleines de mystères, et un 'danger' pourrait bien surgir pour Orinis au milieu de la nuit. Peut-être même de la part de notre enchanteresse envoûtante…"
Orinis secoua la tête, mais un sourire lui échappa. Il se pencha vers Gaiana, leurs visages tout proches dans la lumière du feu. "Laisse-le dire, il finira bien par se lasser."
Gaiana posa une main sur son bras et le regarda sans se moquer. "D'accord. Mais pour ce soir, on l'oublie un peu, d’accord ?"
À la lueur des flammes
La nuit avançait, et Kaeden, fidèle à lui-même, tenait sa promesse : il gardait le dos tourné… mais commentait chacun de leurs gestes depuis son perchoir.
"Oh, Orinis, je crois qu’elle a besoin de toi pour ajuster cette couverture. Allons, sois un bon chevalier et aide-la. Qui sait ? D’ici demain, vous partagerez peut-être un peu plus qu'une couverture…"
Orinis trouva soudain l’audace d’attraper Gaiana par la taille et l’attira contre lui, sous les yeux faussement surpris de Kaeden.
"Oh, oh, oh ! Mais quel étalon, ce preux Orinis ! Une prise directe, comme un vrai guerrier ! Attention, mon ami, ou on va bientôt t'appeler le 'Chasseur de Cœurs'."
Gaiana éclata de rire, et pour une fois, même Orinis laissa poindre un sourire victorieux. Il se tourna vers Kaeden, l'air défiant.
"Si tu veux bien nous accorder un moment de paix… pourquoi tu n’irais pas t’occuper de ton cher marteau ? Je suis sûr qu’il mérite toute ton attention."
Kaeden, faussement vexé, leva les mains en signe de reddition. "Très bien, très bien, les amants transis. Mais je reste là, en veille… prêt à ne rien rater des moments cocasses de votre tendre rencontre. Parce que ce serait dommage de manquer l’exploit d’Orinis le vaillant, détenteur de la Lame d'Ombracier et… j’imagine, futur souverain de… nouvelles armes ?"
Ils échangèrent un dernier regard complice, et leurs rires résonnèrent dans la nuit. Kaeden s’installa enfin à une distance respectable, en continuant de glousser tout seul. Orinis et Gaiana s’assirent côte à côte, et une main se glissa discrètement dans l’autre. En silence, ils profitaient enfin d'un moment de paix… avec, quelque part pas très loin, Kaeden qui préparait déjà sa prochaine vanne.