Le lendemain soir, ça aurait dû être un bon moment.
La forêt, la lumière de fin de jour, Gaiana à côté de lui, et pour une fois, le silence de Kaeden, qui ronflait au campement cinquante mètres derrière. Ils parlaient à voix basse, riaient de temps en temps, et leurs mains se frôlaient. Orinis se pencha pour cueillir une fleur. Une putain de fleur. Lui, le guerrier, le porteur de la Lame d'Ombracier, en train de cueillir une fleur comme un personnage de conte pour enfants.
Sous les grands arbres, les oiseaux s'étaient tus un par un. Il ne le remarqua pas.
Puis quelque chose grogna dans l'ombre. Avant qu'ils aient pu réagir, des créatures aux formes indistinctes surgirent de l’ombre, rapides et silencieuses comme des prédateurs aguerris.
Les Pédophilithes, des êtres sans cœur et sans âme, étaient là.
L'Assaut des Pédophilithes
Les Pédophilithes étaient des créatures de cauchemar. Leur peau grisâtre et parcheminée partait en lambeaux par endroits, comme si leur chair s'était usée à force de vivre. Leurs yeux étaient d’un noir d’encre, sans pupilles, et ils brillaient d'une lumière terne qui mettait mal à l'aise. Ils puaient la charogne et la sueur aigre, une odeur qui vous brûlait les narines. Leurs doigts longs et fins se terminaient par des griffes encroûtées de boue séchée et de sang caillé, comme s’ils avaient traîné leurs victimes dans tous les marais du coin.
Orinis brandit sa Lame d’Ombracier, mais avant qu'il ait pu frapper, l'une des créatures murmura quelque chose d’une voix rauque, et la lame sembla perdre tout son éclat, comme vidée de sa magie. Gaiana tenta de jouer une note sur sa Lyre des Humeurs, mais le son sortit rauque et étouffé, et retomba aussitôt.
"Qu’est-ce que… pourquoi la magie ne marche pas ?" s’écria-t-elle en se tournant, désespérée, vers Orinis.
Les Pédophilithes avancèrent lentement. Leurs lèvres fines et craquelées découvraient des dents pointues et jaunes. L’un d’eux eut un rire guttural, un bruit de métal qui grince. "La magie… n’a aucun pouvoir ici, jolie enchanteresse," cracha la créature en collant son visage répugnant contre le sien.
Orinis tenta de frapper une dernière fois, mais une créature lui envoya un coup au visage d'une force terrible, et il alla s'écraser contre un arbre. Il sentit le goût du sang envahir sa bouche, puis il s'effondra et ne se releva pas.
"Emmenez-les à Pédophilium !" hurla l’un des Pédophilithes d’une voix éraillée.
Les deux captifs furent ligotés avec des cordes rugueuses qui leur arrachaient la peau au moindre mouvement. Gaiana se débattit, pour rien. Les créatures les traînèrent sur un sentier tortueux qui s’enfonçait dans la forêt, là où il faisait si noir qu'on oubliait jusqu'à l'idée de la lumière.
La Descente vers Pédophilium
La route vers Pédophilium était longue et sinistre. À chaque pas, Orinis et Gaiana sentaient le poids de cette terre maudite leur tomber un peu plus sur les épaules. Les arbres se firent rares, puis laissèrent place à un sol rouge sombre, couleur de sang séché, semé de pierres noires aux formes étranges. Ces pierres, que les Pédophilithes appelaient les philites, dégageaient une faible lumière verdâtre et malsaine, et elles semblaient pomper l’énergie de tout ce qui les entourait. Plus ils approchaient, plus Gaiana sentait ses forces la quitter, comme si chaque philite lui aspirait un peu de vie.
Pédophilium, la cité des Pédophilithes, apparut enfin à l’horizon. Une ville de misère et de pourriture, bâtie sur des collines de terre rougeâtre et de boue gluante. Les habitations, si on pouvait appeler ça des habitations, étaient faites de pierres fendues et de bois pourri, couvertes de moisissures et d’ossements entassés. Les Pédophilithes avaient décoré les façades avec des crânes humains et de longs os fins qui pendaient comme des breloques funèbres et se balançaient dans le vent fétide.
Un Pédophilithe plus grand et plus massif que les autres s'approcha en riant. Sa peau couturée de cicatrices laissait dépasser des plaques d'os, et son visage tordu de cruauté ne cachait rien du plaisir qu'il prenait. "Bienvenue à Pédophilium, les étrangers. Ici, vous êtes à notre merci, et bientôt… vous apprendrez ce que signifie la terreur."
L'Horreur de Pédophilium
Gaiana et Orinis furent traînés au cœur de la ville, par des ruelles étroites où des Pédophilithes les suivaient d'un regard avide et sournois. Le sol était jonché de cadavres d'animaux en décomposition, les tripes à l'air, couverts de mouches et d'asticots. Des flaques de boue rougeâtre dégageaient une puanteur à vomir, et les habitants, couverts de cette crasse, y pataugeaient comme des poissons dans l’eau.
On les conduisit sur une place centrale où se dressait une immense statue : une créature mi-humaine, mi-bête, qui brandissait une pierre philite. Autour d'elle, des Pédophilithes psalmodiaient des incantations obscures et se prosternaient comme devant un dieu.
Orinis et Gaiana furent attachés à des piliers de pierre, face à la statue et aux philites. Le chef des Pédophilithes s’approcha d’eux, un sourire mauvais aux lèvres. "Vous ne comprenez pas, pas vrai ? Ici, toute magie, toute lumière nous appartient. Les philites absorbent votre énergie et nous la rendent. Vous n’êtes rien de plus que des offrandes à notre seigneur des ombres."
Gaiana, presque vidée, respirait à peine. Elle lança un regard désespéré à Orinis. "On doit… trouver un moyen… de sortir d’ici," murmura-t-elle, d'une voix qu'on entendait à peine.
Orinis tirait sur ses liens de toutes ses forces, malgré la faiblesse qui le gagnait. "Garde espoir, Gaiana. On va s'en sortir. Je ne te laisserai pas ici."
Mais les Pédophilithes entonnèrent un chant guttural et sordide, lent et sinistre, qui résonna jusque dans les profondeurs de la terre. Les philites autour d’eux se mirent à luire plus fort, d'une lumière presque hypnotique, et à chaque pulsation des pierres, ils sentaient leur énergie leur échapper.
Le chef des Pédophilithes fit signe à ses sbires, et les créatures s’approchèrent des deux captifs, griffes tendues, prêtes à déchirer leurs vêtements pour les livrer tout entiers au pouvoir des philites. Leurs rires moqueurs remplissaient l'air, et la terre rouge semblait remuer autour d’eux, comme si le sol lui-même voulait avaler les deux héros.
La Lyre des Humeurs, la Lame d’Ombracier… ici, tout ça ne valait plus un clou. Orinis, à bout de forces, jeta un dernier regard à Gaiana, avec de la peur et de la rage dans les yeux. Cette fois, il le savait, ils ne s'en sortiraient pas seuls.