Commencer chapitre I
Chapitre VII sur 29

L'Embuscade

Le sable crissait encore dans leurs sous-vêtements quand les Bons Chibrons leur tombèrent dessus.

En fait non, ça ne se passa pas exactement comme ça. D'abord il y eut une matinée presque agréable, l'air encore frais, le souvenir des culs chantants qui les faisait glousser toutes les cinq minutes. Et puis le sifflement. Le genre de sifflement qui dit "on va vous dévaliser, et si vous résistez, on va vous casser les genoux".

"Je me demande à quel moment on pourra tester ce machin", avait lancé Kaeden un peu plus tôt, en tapotant la Trompe qui pendait à sa ceinture.

"J'ai bien peur qu'on le sache assez vite", avait répondu Orinis avec un sourire en coin.

Ils avaient vu juste.

La Poudre de Cosmalion, d'ailleurs, avait une histoire aussi douteuse que son apparence. On racontait que Cosmalion était un vieux magicien farceur, célèbre en son temps, professeur à l'Académie de Magie du Raz Lubrique. Il adorait récolter les effluves de ses élèves, les magiciennes coquines de l'académie. La Poudre venait directement de là. Un héritage dont personne ne se vantait.

L'Embuscade

Ils traversaient un passage étroit entre deux collines quand une vingtaine de silhouettes sortirent de derrière les rochers et les encerclèrent. Des brigands. Et pas des amateurs : les Bons Chibrons, la bande de voleurs de grand chemin la plus connue du coin.

Le chef était le genre de mec qui compensait son absence totale de dents par un excès de confiance. Un crâne rasé, un œil qui partait à gauche, et une hache qu'il portait sur l'épaule comme s'il avait vu ça dans un tableau et trouvé ça classe. Il empestait l'ail et la sueur rance à trois mètres.

"Regardez-moi ça, les gars ! Deux beaux gosses bien frais !" Il cracha par terre. "Videz vos poches ou on vous vide les tripes."

Kaeden croisa les bras, un sourire narquois sur les lèvres. "Et c'est quoi, la taxe ? Un bras cassé ?"

Le chef éclata de rire. "Oh, t'as tout compris, mon gars. Mais on va prendre aussi tes affaires, ton fric, et ta dignité en prime."

Orinis jeta un coup d'œil à Kaeden. "Je crois que c'est le moment de voir ce que notre nouvelle copine sait faire."

La Parade de la Trompe

La troupe s'approchait, sûre de son coup. Kaeden sortit la Trompe de sa ceinture et souffla dedans. Les brigands s'arrêtèrent net, les sourcils froncés.

"Il fait quoi, là, le gamin ? Il essaie de nous chanter une berceuse ou quoi ?" ricana l'un d'eux.

Mais la Trompe se mit à briller, et la Poudre de Cosmalion jaillit de l'ouverture pour se répandre sur le sol autour d'eux. Le sable qu'elle touchait devenait aussitôt glissant.

"Ah, ça pue !" grogna l'un des Bons Chibrons en regardant ses pieds.

"Attends… attends…" Orinis souriait comme un gamin devant un feu d'artifice.

Le Piège Lubrifié

Le premier brigand tenta un pas et ses deux jambes partirent en même temps vers l'avant. Il s'écrasa sur le dos avec un bruit de steak mouillé et emporta deux camarades dans une avalanche de bras, de jambes et de jurons. Un troisième essaya de s'enfuir à quatre pattes, mais il ne fit que tourner sur lui-même comme une tortue retournée. Le chef, qui essayait désespérément de garder sa dignité, fit trois pas de danse involontaires avant de s'étaler face contre terre. Sa hache lui glissa des mains et disparut dans un buisson.

"On dirait un ballet", murmura Orinis, sincèrement impressionné.

Kaeden éclata de rire. "On dirait que la piste est ouverte !"

Les deux se mirent alors à cogner les Bons Chibrons tombés au sol et les désarmèrent un par un. Les voleurs n'arrivaient plus à se tenir debout. Ils rampaient, et dès qu'ils avançaient un peu, le sol les renvoyait à la case départ.

Un Dernier Coup de Trompe

Kaeden souffla de nouveau dans la Trompe. Cette fois, une énorme quantité de Poudre jaillit, et le sol devint une patinoire de désespoir.

"Adieu, mes amis", lança-t-il avec un sourire narquois.

Le chef des Bons Chibrons, les fesses trempées et l'ego en miettes, leva les mains. "C'est bon ! C'est bon ! Vous avez gagné, bordel ! Laissez-nous partir !"

Orinis s'avança et planta sa lame juste devant le nez du chef. "Pas si vite. Vous croisez notre route, vous en payez le prix."

Le chef, tremblant, regarda ses hommes qui n'arrivaient plus à se relever. "D'accord… d'accord… on se casse. Mais vous vous souviendrez de nous… les Bons Chibrons font toujours payer une humiliation."

Kaeden siffla, moqueur. "Ah ouais ? Et la prochaine fois, vous glisserez aussi comme des pingouins ? Bonne chance."

La Route Continue

Les Bons Chibrons s'éloignèrent en rampant, trempés de poudre et d'humiliation. Le chef jura vengeance entre ses dents. Ses hommes jurèrent surtout de ne plus jamais porter de bottes lisses.

Kaeden secoua la Trompe pour en faire tomber le sable. Il n'en tomba qu'un petit nuage gris, triste comme de la cendre, et l'or du cylindre, si vif la veille, avait terni d'un coup. Le long de l'ouverture courait une fine fissure noire. Ni Kaeden ni Orinis ne la remarquèrent.

Kaeden rangea la Trompe avec un sourire satisfait. "Tu crois qu'ils reviendront ?"

"J'espère", dit Orinis. "C'était le combat le plus drôle de ma vie."

Fin du chapitre VII