Kaeden et Orinis avaient des armes légendaires, des armures magiques, et la certitude de pouvoir botter le cul d'à peu près n'importe quoi.
Gaiana avait ses mains et un sourire patient.
Le déséquilibre n'échappa à personne. Pendant trois jours, les deux héros se pavanèrent dans Ravensbrug avec la Lame d'Ombracier et le Marteau des Cieux Brisés, et pendant trois jours, Gaiana, qui avait risqué sa peau autant qu'eux, sourit sans rien dire. Elle cachait bien sa déception. Orinis la voyait quand même.
Profitant d’un moment où Kaeden avait la bouche pleine de ragoût à l’auberge, Orinis se pencha vers Gaiana. "Je sais que tu n’as pas reçu d’arme légendaire, mais j’ai entendu parler d’un artefact parfait pour toi. Une lyre enchantée, qui amplifierait les pouvoirs de celle qui en joue."
Gaiana esquissa un sourire, déjà en train de peser la lyre dans ses mains. "Une lyre ? Qu’est-ce qu'elle a de spécial, cette merveille ?"
"On dit qu’elle amplifie la magie, et qu’elle peut même jouer sur l’esprit de ceux qui l’entendent… changer leur humeur, contrôler leurs émotions. Mais elle est gardée par des créatures très, euh… spéciales," expliqua Orinis avec un sourire nerveux.
Kaeden, tout à coup intéressé, posa sa chope. "Spéciales comment ?"
Orinis se racla la gorge. "Eh bien… on les appelle les Furets des Postérieurs Brisés. On raconte qu’ils vénèrent les postérieurs comme des reliques sacrées et que seuls ceux qui se plient à leur… rituel d’adoration peuvent obtenir la lyre."
Kaeden étouffa un rire bruyant. "Des furets des postérieurs ! Alors là, je veux voir ça !"
Gaiana, elle, avait l'air à la fois sceptique et amusée. Mais une quête aussi débile, ça ne se refuse pas, surtout quand il y a enfin une vraie arme au bout.
Le Chemin vers la Grotte des Furets
Après quelques jours de route, le trio atteignit enfin l’entrée de la grotte légendaire où dormait la Lyre des Humeurs. Les parois étaient couvertes de gravures étranges : des postérieurs stylisés dans des poses franchement suggestives. De petites inscriptions énigmatiques brillaient d'une lueur rose et dorée, ce qui donnait à l'endroit une ambiance à mi-chemin entre le temple et le bordel.
"Les furets doivent vraiment adorer les culs," murmura Orinis en contemplant les sculptures, en essayant de garder son sérieux.
À peine avaient-ils franchi l’entrée qu’une dizaine de Furets des Postérieurs Brisés apparurent dans un éclair. Ils étaient petits et trapus, chacun portait une minuscule cape couverte de symboles obscènes, et leurs queues se balançaient d'une façon clairement provocante. Le chef des furets, un vieux sage au pelage grisonnant, s’avança vers Gaiana et déclara solennellement :
"Seule celle qui saura honorer l’essence sacrée de nos… reliques arrière… aura le droit de toucher à la Lyre. En guise d’hommage, il te faudra exécuter la Danse des Délices de l'Arrondi."
Gaiana soupira, mais hocha la tête. Elle voulait cette lyre. "Très bien, si c’est le prix à payer."
La Danse des Délices de l'Arrondi
Gaiana prit une grande inspiration et se mit à danser. Elle commença par onduler doucement, puis accéléra, assez pour qu'Orinis n'arrive plus à la quitter des yeux. Ses hanches se balançaient, ses bras dessinaient des courbes autour d'elle, et la danse devint franchement hypnotique. À chaque mouvement, les furets poussaient des petits cris d’extase, les yeux brillants, avec une dévotion presque religieuse.
Orinis, lui, ne pouvait plus détourner les yeux. Gaiana accéléra encore, exagéra les courbes, fit onduler son dos et ses hanches, et offrit à son public une chorégraphie qui aurait fait rougir un démon. Elle le savait très bien, et ça la faisait sourire intérieurement.
Elle termina par un dernier coup de hanches et un tour complet, les cheveux volant autour d'elle, puis s’agenouilla au milieu des furets, qui la fixaient, pleins d’admiration.
Kaeden ne put s’empêcher de se pencher vers Orinis et murmura en riant : "Eh bien, mon pote, si elle danse comme ça pour des furets, imagine pour un vrai homme !"
Orinis, rouge comme une pivoine, lui donna un coup de coude sans répondre, les yeux toujours rivés sur Gaiana.
Le Poème Sacré des Furets des Postérieurs Brisés
Le chef des furets leva ses petites pattes, et tous les autres l'imitèrent. Ils entonnèrent un chant étrange, un poème sacré en l’honneur de Gaiana :
"Ô postérieurs, si ronds, si beaux,
Vous qui brillez comme les cieux,
Par vos courbes divines et si sensuelles,
Vous nous guidez, comme des chandelles.
Pour vous, nous offrons mille prières,
En dansant, roulant nos derrières,
Car vous portez l’essence de l’âme,
Nos dévotions, nos larmes et notre flamme.
Étoiles des monts et des vallées,
Qui nos cœurs ont captivés,
Permettez à celle qui vous honore
D’accéder à la lyre de nos trésors."
Les furets achevèrent leur chant en tapant de leurs petites pattes sur le sol, tous les yeux tournés vers Gaiana. Avec une danse pareille, elle avait gagné le respect et l’admiration de tout le clan, et pour de bon.
La Lyre des Humeurs
Les furets menèrent Gaiana jusqu’au fond de la grotte, où la Lyre des Humeurs reposait sur un piédestal de pierre incrusté de cristaux lumineux. L’instrument brillait doucement, ses cordes frémissant comme si quelqu’un venait de les pincer dans l’ombre.
Gaiana s’avança et effleura la lyre. Aussitôt, une vague d’énergie la traversa, comme si l'instrument reconnaissait sa nouvelle maîtresse. Elle pinça une corde, et une mélodie envoûtante remplit la grotte. Les furets se mirent à sautiller de joie, pendant que Kaeden et Orinis regardaient, impressionnés.
"Cette arme me va à merveille," murmura Gaiana avec un sourire en coin, consciente des regards admiratifs de ses compagnons, et surtout de celui d’Orinis.
La Lyre des Humeurs donnait à Gaiana un pouvoir unique : elle amplifiait sa magie, et elle lui permettait en plus de jouer sur les émotions des autres. En pleine bataille, elle pourrait rendre ses ennemis mélancoliques, euphoriques ou complètement terrifiés, tout en décuplant ses propres sorts. Entre ses mains, la lyre ferait d'une bataille une crise de nerfs collective.
Un Nouveau Départ
Quand ils quittèrent la grotte, les furets, les yeux brillants et les cœurs pleins de reconnaissance, firent leurs adieux à Gaiana. Pour eux, la fille à la danse des délices resterait à jamais une déesse des postérieurs, et elle l'avait bien mérité.
Orinis, toujours sous le charme, se pencha vers elle et murmura : "Il va falloir que tu danses comme ça plus souvent."
Gaiana sourit en haussant un sourcil provocateur. "Peut-être. Mais pour l’instant, il va falloir que tu te contentes de ça."
Et pour la première fois, Orinis se dit que ce voyage allait lui apporter autre chose que des armes et de la puissance. Des découvertes beaucoup plus… intimes.