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Chapitre XXII sur 29

Nos Chemins Divergents

Les gargulots arrivèrent avec l'odeur. Cette odeur de charogne et de bile qui dit : « les charognards sont là ».

Kaeden les vit en premier. Des loups difformes, bas sur pattes, qui se glissaient entre les ruines de Pédophilium comme des rats géants et semblaient nés de la fange de la ville elle-même. Un grondement sourd monta des décombres, et le silence entre Orinis et Kaeden se brisa d'un coup.

Les gargulots étaient de vrais monstres. Leur pelage mité, rouge et gris, avait l'air couvert de sang séché et de cendre. Leurs yeux injectés de sang brillaient de faim, et leurs gueules bordées de crocs jaunis bavaient un mucus vert, épais et visqueux, qui laissait des traînées au sol à chacun de leurs pas. Leur langue fourchue, couverte de pustules, pendait hors de leur gueule comme un serpent affamé et bougeait toute seule, à l'affût du moindre mouvement.

Leurs griffes, coupantes comme des rasoirs, crissaient sur les pierres calcinées de la cité en ruine. Ils s'approchaient de Kaeden et d'Orinis, attirés par l'odeur du sang et de deux guerriers à bout de forces.

Kaeden, épuisé et blessé, serra son marteau, prêt à se défendre malgré la douleur qui lui irradiait le visage. Orinis, lui, regarda les créatures avec une indifférence glaciale, mais l'éclat meurtrier de ses yeux disait qu'il aurait bien tout massacré sur son passage.

Seulement, ni l'un ni l'autre n'avait la force d'engager un nouveau combat, et les gargulots approchaient, leurs grognements de plus en plus forts. L'un d'eux renifla l'air avec avidité, sa langue visqueuse frémissant à l'odeur du sang de Kaeden.

"On dirait qu'on est… l'appât du jour," murmura Kaeden, le souffle court.

Orinis lui jeta un regard, puis s'éloigna d'un pas lourd vers son propre chemin. Kaeden le regarda s'éloigner. Ce n'était pas le moment de régler leurs comptes.

Essuyant le sang qui coulait de sa blessure, Kaeden détourna les yeux de son ancien frère d'armes et prit la direction de la forêt voisine, en espérant y trouver des plantes médicinales pour soigner l'entaille qui lui barrait le visage.

Les gargulots, qui se fichaient bien des amitiés brisées, continuèrent à rôder, leurs langues vertes traçant des sillons gluants dans la poussière rouge.

Kaeden, épuisé, le visage en feu, continua sa route vers Kildraga, une cité connue pour ses guérisseurs et ses remèdes ancestraux. Le chemin était long, et chaque pas tirait sur la plaie laissée par Orinis. La forêt s'étendait devant lui comme un long couloir vert et calme, à mille lieues des ruines de Pédophilium.

Au bout de plusieurs jours, il aperçut enfin à l'horizon les tours argentées de Kildraga, qui brillaient dans la lumière du crépuscule. Il s'arrêta un moment pour les regarder. La plaie de son visage brûlait toujours, mais ce n'était pas celle qui lui faisait le plus mal : la mort de Gaiana et la trahison d'Orinis avaient laissé une marque aussi profonde, et aucun baume ne la soignerait.

Fin du chapitre XXII