Commencer chapitre I
Chapitre V sur 29

Le Phallonneux

Le désert les cueillit comme une claque. Après la moiteur poisseuse de la jungle, l’air sec leur brûlait les poumons et le sable crissait dans des endroits où le sable n’avait rien à foutre. Le désert s’étendait à perte de vue, et l’air ondulait au-dessus du sable brûlant.

Kaeden, le regard rivé sur l’horizon, grogna en essuyant la sueur de son front. "Des kilomètres de sable… T’as déjà traversé un désert, toi ?"

Orinis resta silencieux un moment, puis hocha la tête. "Pas comme celui-là. Mais j’ai connu la sécheresse, la faim, la fatigue… là d’où je viens, c’était ça tous les jours, même sans le désert."

Kaeden tourna légèrement la tête vers lui. "Raconte."

Sous le Soleil de Plomb

Ils marchaient, et le vent leur envoyait du sable à chaque pas. Orinis soupira, puis se mit à parler de son passé, que même Kaeden connaissait à peine. "J’ai grandi dans un village que personne n’aurait envie de connaître. La guerre, la famine, la misère… tout ce qu’un gamin devrait jamais voir, c’était notre petit-déjeuner. Mon père est mort avant que je comprenne ce qu’était la guerre. Ma mère a tenu un peu plus longtemps, mais pas assez."

Kaeden acquiesça sans rien dire. Cette histoire, il ne la connaissait pas, mais il aurait pu la raconter : c’était aussi la sienne.

"J’étais le plus jeune, mais ça voulait rien dire. Là-bas, t’apprends à te battre, à voler, à tuer : tout ce qui te permet de voir le lendemain. Les gens disent que les guerriers naissent dans le sang. Moi je dis qu’ils naissent dans la merde, avec la trouille au ventre et personne pour leur tenir la main."

Il marqua une pause, les yeux sur le sable brûlant. "Et toi, Kaeden ? Ton village, il avait l’air aussi merdique que le mien."

Kaeden éclata de rire, malgré la chaleur. "T’imagines pas à quel point. C’était pas vraiment différent, tu sais. Mon père était un guerrier, du genre à mourir pour des conneries qu’il comprenait même pas. Quand il est parti, on n’avait plus que nos poings pour survivre. Ma mère s’est battue pour me garder en vie, mais elle aussi… elle a fini par tomber. J’étais tout seul. J’ai dû devenir un homme bien trop tôt." Il toucha sans y penser le médaillon de fer qui pendait à son cou, la seule chose qui lui restait d'elle.

Le silence retomba, et la chaleur devint franchement insupportable. Ils n’avaient plus besoin d’en dire davantage. Tous les deux avaient perdu leur enfance à la guerre, à porter des choses trop lourdes pour des gamins. Maintenant, au moins, ils se battaient pour quelque chose de plus grand qu’eux.

L'Apparition du Phallonneux

Le soleil descendait sur l’horizon quand le sol se mit à vibrer sous leurs pieds. Ils crurent d’abord à un effet de la chaleur. Puis les vibrations s’intensifièrent, et un grondement sourd monta des profondeurs du désert.

"Tu sens ça ?" demanda Kaeden en s’arrêtant net.

Orinis plissa les yeux et scruta le sable autour d’eux. "C’est pas bon, ça…"

Le sol se mit soudain à bouillonner à quelques mètres d’eux, et sans prévenir, une immense créature jaillit du sable dans un nuage de poussière. Le Phallonneux venait de faire son apparition. C’était un serpent gigantesque, taillé en phallus monumental. Sa peau était faite de sable mouvant qui se mêlait à son corps, si bien qu’il passait sous terre aussi facilement qu’à l’air libre : un véritable chibre de cailloux et de sable.

Pire, il pouvait se dissoudre en une masse visqueuse, se fondre dans le sable autour de lui et ressortir n’importe où pour attaquer par surprise.

"Eh merde," grogna Kaeden. "Encore un truc qui veut nous baiser… littéralement."

Orinis esquiva un premier assaut du Phallonneux, qui tenta de les engloutir sous une vague de sable mouvant. "Il est rapide et il peut se fondre dans le sol. Faut trouver un moyen de l’immobiliser."

Kaeden brandit son marteau. "Si on peut pas frapper le sable, il faut le forcer à rester solide."

La Parade des Héros

Kaeden et Orinis esquivèrent plusieurs attaques du Phallonneux, qui se jouait d’eux en disparaissant dans le sol chaque fois qu’ils tentaient de l’approcher. La créature se recomposait quelques mètres plus loin et leur projetait des vagues de sable et de substance visqueuse pour les engloutir.

C’est Orinis qui eut l’idée.

"Le sable est son allié," dit-il en esquivant une nouvelle charge. "On doit l’obliger à rester en surface. S’il peut plus se fondre dans le sol, il pourra plus fuir."

Kaeden comprit aussitôt. "Tu veux qu’on le piège sur quelque chose de plus solide ?"

Orinis sourit. "Exactement. Il nous faut un terrain dur. Si on l’attire vers les rochers qu’on a vus plus tôt, il pourra plus se fondre dans le sable."

Les deux héros prirent la direction des formations rocheuses qu’ils avaient aperçues en début de journée. Le Phallonneux les suivit, de plus en plus furieux. Une fois près des rochers, ils passèrent à l’attaque et cognèrent assez fort pour l’obliger à rester en surface.

Kaeden frappait de toutes ses forces avec son marteau, et les ondes de choc faisaient trembler la roche. Orinis, avec sa précision habituelle, visait la base de son corps visqueux et l’obligeait à se reformer encore et encore. Le Phallonneux, incapable de se fondre dans le sable, finit par se désagréger sous leurs coups.

Dans un dernier cri guttural, la créature s’effondra et ne laissa derrière elle qu’une immense flaque de sable visqueux.

La Découverte de l'Artefact

Alors que le Phallonneux se dissolvait dans le sable, quelque chose brilla au centre de la flaque. Orinis s’approcha prudemment, sa lame prête, et dégagea un objet étrange enfoui dans la matière visqueuse.

Kaeden le rejoignit en haussant un sourcil. "Qu’est-ce que c’est que ça ?"

C’était un artefact grotesque : un cylindre d’or sculpté en forme de trompe d’éléphant, avec à l’une de ses extrémités une ouverture douteuse qui ressemblait étrangement à un orifice humain. Malgré sa gueule absurde, l’objet luisait d’une magie qui ne plaisantait pas.

Orinis le tourna dans ses mains, perplexe. "Une trompe dorée… Qui aurait pensé à ça ?"

Kaeden éclata de rire. "Je te parie qu’elle a des pouvoirs bien plus utiles qu’elle en a l’air."

Orinis soupira. "On a survécu au Phallonneux, on va réussir à gérer une trompe. Continuons."

Ils reprirent la route, la Trompe grotesque calée dans le sac de Kaeden. Le désert s’étendait encore devant eux. Mais ils n’étaient plus juste deux mecs avec des armes. Ils avaient un artefact magique en forme de trompe d’éléphant avec un trou du cul au bout. La gloire, quoi.

Fin du chapitre V