Kaeden et Orinis n’avaient jamais été du genre à reculer devant un danger, mais la réputation de la Jungle Maudite les avait tout de même laissés perplexes. Sur le chemin qui les menait au temple où se cachait le SPN doré, ils allaient devoir traverser cet endroit. On parlait d’une terre maudite, où la végétation semblait vivante, et où une tribu de créatures simiesques régnait en maître.
Et ces créatures n’étaient pas de simples animaux. Les récits étaient bien plus… dérangeants. On disait que les chimpanzés et les gorilles de la jungle avaient une obsession particulière pour les voyageurs assez malchanceux pour s’aventurer sur leur territoire. Chaque fois qu’ils croisaient des étrangers, ils ne cherchaient qu’une chose : les prendre de force, les humilier, et surtout, leur détruire l’anus sans la moindre pitié.
"Putain... la jungle des culs en choux-fleurs," grogna Kaeden en regardant les arbres qui s’étendaient à perte de vue devant eux.
Orinis resta silencieux un moment, les yeux sur les ombres des feuillages. "On a vu pire… mais là, il va falloir être malins. Se faire démonter par des chimpanzés en rut, c’est pas vraiment ma vision de la gloire."
Kaeden rit de bon cœur. "Ça ferait une sacrée chanson de taverne, par contre. 'Les deux héros défoncés par des babouins.'"
Mais ils rigolaient un peu jaune. Cette jungle était un piège, et il allait falloir en sortir, intacts de préférence.
Entrée dans la Jungle
Les premières heures furent plutôt calmes. Les arbres faisaient de l’ombre, et l’air était si humide qu’on aurait presque pu le boire. Puis il y eut un bruissement dans les branches, et cette sensation désagréable d’être regardés.
"On est observés," murmura Orinis en scrutant les cimes. "Ils attendent leur moment."
Kaeden hocha la tête. "Faudra pas les laisser nous encercler. Le premier qui se fait attraper, c’est foutu pour lui."
Ils continuèrent à avancer en silence, chacun sur ses gardes. Soudain, un cri perça l’air. Un cri qui mélangeait la faim et la fureur, et qui donnait envie de serrer les fesses.
Les arbres au-dessus d’eux s’agitèrent, et en un instant, une meute de chimpanzés lubriques bondit des cimes, l’œil vicieux. Ils étaient rapides, plus nombreux que prévu, et déjà prêts à passer à l’action.

Kaeden leva son marteau, prêt à frapper. "C’est maintenant ou jamais ! On ne se laisse pas faire !"
Orinis, plus agile, se préparait déjà à esquiver. "On va devoir les rendre… inaptes à l’acte, si tu vois ce que je veux dire."
La Parade des Héros
Les chimpanzés approchaient, musclés, luisants de sueur, et on voyait très bien à quoi ils pensaient. Mais Kaeden et Orinis n’étaient pas des proies faciles.
"Leur point faible, c’est leur obsession," comprit Orinis. "Ils pensent tellement à une seule chose qu’ils en oublient tout le reste."
Kaeden sourit. "Tu veux dire qu’on peut les baiser… à leur propre jeu."
Orinis hocha la tête. "Exactement. Il suffit de les exciter au point qu’ils se retournent les uns contre les autres."
Kaeden éclata de rire. "Une bagarre générale de cul entre chimpanzés en rut, ça me va !"
Orinis se mit à tourner autour des chimpanzés et à les esquiver si vite qu’ils finirent par se gêner entre eux, incapables de l’attraper. Leur frustration monta, et ils commencèrent à se bousculer.
Kaeden, de son côté, se servit de son marteau pour semer la pagaille. Il tapait lourdement sur le sol, et les ondes de choc faisaient trébucher les chimpanzés les uns sur les autres. Très vite, la meute se retourna contre elle-même, et les plus agressifs se mirent à attaquer leurs propres compagnons.
Ça marchait, jusqu’à ce qu’Orinis glisse sur une racine couverte de mousse. Il tomba à genoux, et trois chimpanzés se jetèrent sur lui en même temps.
"ORINIS !" hurla Kaeden.
Il n’eut pas le temps de réfléchir. Son marteau s’abattit sur le sol avec une force qui fit trembler les arbres alentour. L’onde de choc projeta les chimpanzés en arrière, et Orinis se releva, le souffle court, une griffure sanglante sur la joue.
"Merci," souffla-t-il.
"De rien. Mais t’as failli devenir leur jouet préféré."
"La ferme."
La Charge des Gorilles
Ils croyaient avoir gagné un peu de répit quand un autre cri, plus grave cette fois, retentit dans la jungle. Les chimpanzés étaient en déroute, mais leurs cousins gorilles arrivaient. Et eux ne jouaient pas. Ils étaient plus massifs, plus puissants, et tout aussi obsédés. Leur objectif : réduire en miettes tout ce qui leur passait sous la main... ou ailleurs.
"Les gros arrivent ! On va devoir se battre cette fois," lança Kaeden en raffermissant sa prise sur son marteau.
Orinis acquiesça. "Pas de distraction avec eux. On cogne, et fort."
Les gorilles chargèrent comme des murailles de muscle. Le premier percuta Kaeden de plein fouet et l’envoya valdinguer contre un tronc d’arbre. Son dos craqua contre l’écorce et il vit des étoiles.
"Putain, il cogne ce bâtard !"
Orinis virevoltait autour des colosses et frappait aux tendons, aux flancs, aux yeux : partout où c’était mou. Un gorille énorme et baveux tenta de le saisir, mais il s’enroula autour de son bras et lui planta sa lame dans le flanc.
"Ça, c’est pour mon fion, enfoiré," grogna-t-il en sautant en arrière.
Kaeden se releva en crachant du sang, les yeux injectés de rage. Il arma un grand coup et visa la tête du plus gros des gorilles. Le crâne se fissura dans un bruit écœurant, et la bête s’écroula dans un râle sourd.


Le silence retomba. Même les chimpanzés avaient arrêté de se battre, comme figés par ce qu’ils venaient de voir.
L’Évasion
Avec les gorilles à terre et les chimpanzés trop occupés à régler leurs comptes entre eux, les deux héros trouvèrent une ouverture pour s’échapper de la jungle.
"On l’a échappé belle," souffla Kaeden en essuyant la sueur de son front.
Orinis, encore haletant, sourit. "On est toujours debout. Et on a toujours nos culs."
Ils s’éloignèrent des bruits de la jungle et laissèrent derrière eux un beau bordel de singes. Orinis toucha la griffure sur sa joue et grimaça.
"Je pense qu’on va devoir laver nos fringues," dit Kaeden en regardant ses vêtements couverts de terre, de sueur et de choses qu’il préférait ne pas identifier. "Ça pue la jungle des culs éclatés."
Orinis éclata de rire. "On s’en souviendra de celle-là."
Devant eux, le paysage changeait. Les arbres s’espaçaient, le sol devenait plus sec, plus poussiéreux. L’air sentait le sable et la roche chaude. Quoi que la suite leur réserve, ça ne pouvait pas être pire que des singes en rut.
Du moins, c’est ce qu’ils se disaient.

