Profitant d’un rare moment d'intimité, Orinis et Gaiana s'éloignèrent du camp, laissant Kaeden à ses occupations bruyantes. La forêt offrait une douceur presque surnaturelle, baignée par une lumière crépusculaire qui rendait leurs pas légers et silencieux. Ils parlaient à voix basse, riant de temps à autre, tandis que leurs mains s’effleuraient avec une tendresse palpable. Mais, sous les frondaisons épaisses et au milieu des chants d’oiseaux, un silence étrange finit par s'installer, lourd et étouffant.
Alors qu’Orinis tendait la main pour cueillir une fleur rare en guise de présent pour Gaiana, un bruit sourd retentit derrière eux. Avant même qu'ils ne puissent réagir, des créatures aux formes indistinctes surgirent de l’ombre, rapides et silencieuses comme des prédateurs aguerris.
Les Pédophilithes, des êtres aussi sans cœur que sans âme, étaient là.
L'Assaut des Pédophilithes
Les Pédophilithesétaient des créatures cauchemardesques : leurs corps étaient recouverts d’une peau grisâtre et parcheminée, déchirée en multiples endroits, comme si des lambeaux de chair s’étaient détachés par la simple usure de leur vie. Leurs yeux étaient d’un noir d’encre, dépourvus de pupilles, émettant une lumière terne et oppressante. Une odeur pestilentielle les entourait, une combinaison de putréfaction et de sueur acide qui irritait les narines. Leurs doigts, longs et fins, étaient dotés de griffes incrustées de boue séchée et de sang coagulé, donnant l'impression qu’ils avaient traîné leurs victimes dans la fange des marais les plus sombres.
Orinis brandit sa Lame d’Ombracier, mais avant qu'il ne puisse frapper, l'une des créatures murmura quelque chose d’une voix rauque, et la lame sembla perdre tout son éclat, comme privée de sa magie. Gaiana tenta de jouer une note sur sa Lyre des Humeurs, mais le son en sortit rauque et étouffé, incapable de se propager.
"Qu’est-ce que… pourquoi la magie ne fonctionne pas ?" s’écria-t-elle, son regard se tournant désespérément vers Orinis.
Les Pédophilithes avancèrent lentement, leurs lèvres fines et craquelées dévoilant des dents aiguisées et jaunes. L’un d’eux lança un rire guttural, un son qui ressemblait à un grincement de métal. "La magie… n’a aucun pouvoir ici, jolie enchanteresse," cracha l’une des créatures en approchant son visage répugnant du sien.
Orinis tenta de frapper une dernière fois, mais une créature le frappa au visage avec une force dévastatrice, le projetant contre un arbre. Il sentit le goût métallique du sang envahir sa bouche avant de s’effondrer, incapable de se relever.
"Emmenez-les à Pédophilium!" hurla l’un des Pédophilithes d’une voix éraillée.
Les deux captifs furent attachés, leurs bras serrés dans des liens rugueux qui irritaient leur peau à chaque mouvement. Gaiana, impuissante, lutta en vain, tandis que les créatures les traînaient vers un sentier sinueux qui semblait s’enfoncer dans les profondeurs de la forêt, là où les ténèbres étaient si épaisses qu'elles étouffaient tout espoir de lumière.
La Descente vers Pédophilium
La route vers Pédophilium était sinistre et tortueuse. Chaque pas rapprochait Orinis et Gaiana de cette terre maudite, et une aura oppressante les enveloppait de plus en plus. Les arbres se raréfièrent progressivement, laissant place à un sol d’un rouge foncé, semblable au sang séché, parsemé de pierres noires aux formes étranges. Ces pierres, que les Pédophilium appelaient les philites, émettaient une faible lumière verdâtre, teintée d’un éclat maléfique, qui semblait aspirer l’énergie autour d’elle. Gaiana sentait ses forces faiblir à mesure qu’ils approchaient de ces roches maudites, comme si chaque philite drainait la moindre parcelle de son énergie vitale.
Pédophilium, la cité des Pédophilithes, apparut enfin à l’horizon. Une ville de misère et de décomposition, bâtie sur des collines de terre rougeâtre et de boue visqueuse. Les habitations, si on pouvait les nommer ainsi, étaient faites de pierres fendues et de bois pourri, toutes recouvertes de moisissures et d’ossements entassés. Les Pédophilithes avaient décoré les façades de leur ville avec des crânes humains, des os longs et fins qui pendaient comme des breloques funèbres, oscillant au gré du vent fétide qui soufflait sur la cité.
Un Pédophilithe, plus grand et plus imposant, s'approcha en riant. Sa peau, marquée de cicatrices profondes, laissait voir des plaques osseuses saillantes, et son visage, tordu dans une expression de cruauté pure, laissait transparaître son amusement sadique. "Bienvenue à Pédophilium, les étrangers. Ici, vous êtes à notre merci, et bientôt… vous apprendrez ce que signifie la terreur."
L'Horreur de Pédophilium
Gaiana et Orinis furent traînés au cœur de la ville, traversant des ruelles étroites où des Pédophilithes les observaient avec des regards avides et sournois. Le sol était jonché de cadavres d'animaux en décomposition, leurs entrailles exposées aux mouches et aux asticots. Des flaques d’une boue rougeâtre parsemaient le chemin, émettant une puanteur suffocante, et les habitants, eux-mêmes maculés de cette crasse, semblaient nager dans cette abomination comme des poissons dans l’eau.
Ils furent conduits vers une place centrale où trônait une immense statue, représentant une créature hybride, mi-humaine, mi-bête, brandissant une pierre philite. Autour de la statue, des Pédophilithes psalmodiaient des incantations obscures, se prosternant devant elle comme s’ils priaient une divinité impie.
Orinis et Gaiana furent attachés à des piliers de pierre, placés face à la statue et aux philites. Le chef des Pédophilithes s’approcha d’eux, un sourire mauvais aux lèvres. "Vous ne comprenez pas, pas vrai ? Ici, toute magie, toute lumière est nôtre. Les philites absorbent votre énergie et la redirigent vers notre puissance. Vous n’êtes rien de plus que des offrandes à notre seigneur des ombres."
Gaiana, son énergie presque totalement drainée, se mit à respirer faiblement, ses yeux lançant un regard désespéré à Orinis. "On doit… trouver un moyen… de sortir d’ici," murmura-t-elle, mais sa voix était à peine audible.
Orinis, les bras attachés, luttait contre les liens, tentant de se libérer malgré la faiblesse qui l’envahissait. "Ne perds pas espoir, Gaiana. On s’en sortira. Je ne te laisserai pas ici."
Mais leurs espoirs s'évanouirent lorsque les Pédophilithes commencèrent à entonner un chant guttural et sordide, un rythme lent et sinistre qui semblait résonner dans les profondeurs mêmes de la terre. Les philites autour d’eux commencèrent à luire, émettant une lumière plus intense, presque hypnotique, et ils sentirent leur énergie leur échapper à mesure que les pierres pulsaient.
Le chef des Pédophilithes fit un signe à ses subalternes, et les créatures s’approchèrent des deux captifs, les griffes effilées prêtes à déchirer leurs vêtements pour les exposer totalement au pouvoir des philites. Leurs rires moqueurs emplissaient l'air, tandis que la terre rougeâtre semblait s’agiter autour d’eux, comme si le sol lui-même voulait engloutir les deux héros.
La situation semblait désespérée, et la lumière de la Lyre des Humeurs, la force de la Lame d’Ombracier… tout semblait inutile contre cette abominable puissance. Orinis, épuisé et affaibli, jeta un dernier regard vers Gaiana, un mélange de peur et de détermination dans les yeux. Il savait que, cette fois, ils ne pourraient pas s’en sortir seuls.