Au petit matin, Kaeden émergea de son sommeil, étira ses bras, puis jeta un coup d'œil autour du campement. À sa grande surprise, Orinis et Gaiana n’étaient nulle part en vue. Son premier réflexe fut de sourire en secouant la tête.
"Eh bien, il semble que les deux tourtereaux aient enfin décidé de… s’accorder du temps, seuls, loin de mon regard scrutateur. Espérons qu’ils se sont au moins éloignés d’ici, sans quoi ils pourraient nous attirer des ennuis… au sens propre."
Satisfait de sa propre blague, Kaeden commença à se promener dans les environs, explorant les buissons avec un sourire amusé, à la recherche de signes de leur escapade. Mais après un certain temps sans la moindre trace de ses compagnons, il sentit un frisson d'inquiétude lui parcourir l’échine.
Le sourire disparut, remplacé par un froncement de sourcils sérieux.
"Orinis ? Gaiana ? Vous pouvez arrêter de jouer… Vous êtes là ?" appela-t-il en tournant dans la direction où ils avaient disparu la veille.
Il commença à marcher d’un pas rapide, le cœur battant plus fort à mesure qu’il réalisait l’absence totale de réponse. Aucun bruit, aucun indice, rien. Son instinct de guerrier reprit le dessus, et il accéléra le pas, suivant des traces discrètes laissées au sol jusqu’à un sentier obscur qui s’enfonçait vers des terres encore inconnues. Il avait un très mauvais pressentiment.
"Quelque chose ne va pas…" murmura-t-il, les mâchoires serrées. "Je vous retrouverai, même si je dois retourner ciel et terre pour ça."
La Tragédie de Gaiana
Pendant ce temps, dans les profondeurs de Pédophilium, la situation de Gaiana et Orinis atteignait un point de non-retour. Au centre de la place, un autel de pierre noir se dressait, et le chef des Pédophilithes, le regard brillant d'une satisfaction cruelle, brandissait les morceaux de la Lyre des Humeurs avant de les jeter dans les flammes vives du brasier du seigneur Pédophilithes.
La lyre, symbole de la magie et de la lumière de Gaiana, fut consumée dans un crépitement sinistre, ses cordes se rompant une à une, emportant avec elles l’éclat vibrant de la magie de la jeune enchanteresse.
Orinis, attaché aux piliers, lutta de toutes ses forces, sentant la douleur d’une impuissance qui lui déchirait l’âme. "Laissez-la partir ! Vous avez eu ce que vous vouliez ! Elle n’a rien fait pour mériter cela !"
Le chef des Pédophilithes ricana, ses yeux noirs fixés sur lui. "Cette magie n’avait aucun droit d’exister dans notre monde. Et elle aussi… elle doit disparaître pour nourrir le feu sacré de notre seigneur."
Gaiana, bien que frêle et affaiblie, leva les yeux vers Orinis, un regard empli d’amour et de tristesse. "Orinis… pardonne-moi… Je t’aime." Sa voix était à peine un murmure, mais suffisamment puissant pour faire naître un chagrin dévastateur dans le cœur du guerrier.
Les Pédophilithes ne perdirent pas de temps. Dans un rite morbide, ils poussèrent Gaiana vers les flammes, ses mains liées derrière elle. Orinis hurla, déchirant le silence d’un cri de désespoir, mais les chaînes invisibles de la magie des philites rendaient toute résistance vaine.
Le chef des Pédophilithes, le sourire froid, murmura une dernière incantation, et dans un éclat rougeâtre, le corps de Gaiana fut englouti par les flammes sacrées. Les ombres dansantes entourèrent le bûcher, et un silence glacial s’abattit sur Pédophilithes.
Orinis, anéanti, les yeux rivés sur les cendres de Gaiana, sentit une partie de lui-même se briser, quelque chose d’irréparable, d’irrémédiablement détruit. Ses mains se crispèrent en poings, ses doigts blanchis par la tension, tandis que ses yeux se remplissaient de larmes et d’une rage incontrôlable. La lumière dans son regard s’éteignit, emportée par la perte de celle qu’il aimait.
Les Pédophilithes, indifférents à sa douleur, reprirent leur rituel sordide, ne remarquant pas que l’homme qu’ils avaient capturé n’était plus qu’une coquille vide. Orinis, brisé, les regarda sans vraiment les voir.
La mort de Gaiana libéra une vague d'énergie sombre qui emplit l’air de Pédophilium d’une intensité suffocante. Son âme, offerte en sacrifice, fut dévorée par les flammes du seigneur des Pédophilithes, un ancien démon d’ombre, impitoyable et avide de destruction. Sous les yeux d’Orinis, le bûcher flamboyant se transforma en une colonne de fumée noire et grouillante, s’élevant vers le ciel, invoquant une créature si puissante que les Pédophilithes eux-mêmes reculèrent, terrifiés.
Le seigneur des Pédophilithes apparut dans une forme colossale, un être d’ombre et de haine pure, des griffes longues et effilées ornant ses mains, ses yeux rouges fixés sur Orinis avec une faim vorace. Sa voix résonna, profonde et éthérée, comme si elle émanait des tréfonds de la terre.
"Le sacrifice de cette âme pure a réveillé ma puissance. Son essence est à moi, et bientôt… la tienne aussi, guerrier."
Les Pédophilithes, en liesse, commencèrent à psalmodier, leurs chants s’élevant dans un crescendo envoûtant et macabre. Mais lorsqu'ils tentèrent de détruire l’armure d’Orinis et sa Lame d’Ombracier, des étincelles jaillirent, rejetant toute tentative. Les philites semblaient ne pas pouvoir affecter l’armure d’Orinis, ni l’essence même de sa lame.
Le chef des Pédophilithes serra les dents, frustré. "Sa magie est trop puissante pour être brisée facilement. Nous devons l’épuiser, affaiblir son âme, jusqu’à ce que même sa lame ne puisse plus le protéger."
Orinis, bien qu’affaibli et dévasté par la perte de Gaiana, tenait bon, ses poings serrés autour de sa lame, prêt à mourir avec honneur plutôt que de se rendre à l’horreur incarnée face à lui.