✦ Chapitre XXVI

La Rédemption ou La Désolation

Lorsque Kaeden arriva à Kildraga, le contraste avec Pédophilium était saisissant. Cette ville, baignée de lumière, semblait respirer la paix. Les murs de pierre couverts de lierre, les jardins soignés, et l’odeur d’herbes médicinales flottaient dans l’air, comme pour apaiser les âmes perdues. Les guérisseurs de la ville, vêtus de robes vertes et bleues, le prirent en charge dès son arrivée, et chaque jour fut pour Kaeden un apprentissage nouveau, autant pour son corps que pour son esprit.

Ses soins débutèrent avec les traitements de base : baumes aux plantes, cataplasmes d’argile, et bains tièdes parfumés aux essences de menthe et de lavande pour désinfecter sa blessure. La marque que lui avait laissée Orinis brûlait encore, autant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Cette entaille n’était pas seulement une blessure physique ; elle portait avec elle le poids de la trahison, le souvenir d’un lien brisé. Mais, à chaque application de baume, à chaque mot de réconfort prononcé par les guérisseurs, Kaeden sentit peu à peu sa douleur s’atténuer.

Les guérisseurs, sensibles à la souffrance intérieure de Kaeden, lui proposèrent une série d’exercices de méditation et de respiration. Pour Kaeden, guerrier habitué aux bruits des batailles et aux appels de la rage, ces moments de calme étaient déconcertants. Les premiers jours, il lutta contre cette quiétude imposée, mais avec le temps, il apprit à laisser son esprit se poser, à relâcher les tensions accumulées.

Un matin, un guérisseur nommé Eryndor, qui avait reconnu en lui un guerrier émérite, l’invita à participer à une série d’exercices d’arts martiaux dédiés non pas à l’attaque, mais à l’harmonie et à la défense. Eryndor lui expliqua : "La puissance de tes coups réside autant dans la maîtrise que dans la force brute. Parfois, retenir son arme est plus difficile que de l’abattre."

Dans ces sessions d’entraînement, Kaeden redécouvrit les gestes de combat, non plus comme une violence nécessaire, mais comme une danse subtile. Les mouvements, accompagnés de respirations lentes et contrôlées, lui permirent de retrouver un équilibre qu’il avait perdu.

Mais ce n’était pas tout. Les habitants de Kildraga, reconnaissant en lui un protecteur, vinrent lui confier de petits soucis : des animaux perdus, des champs infestés de nuisibles, des enfants disparus dans les bois. Ces tâches, quoique modestes, redonnèrent un sens à Kaeden. Chaque vie sauvée, chaque enfant retrouvé renforçait en lui un sentiment d’utilité.

Un soir, alors que Kaeden s’installait pour méditer, il sentit une paix nouvelle émaner de lui. Il comprit alors que la guerre n’était pas sa seule destinée, qu’il pouvait être un protecteur au-delà des combats. La lumière de Kildraga commençait à apaiser les ténèbres qui rongeaient son cœur.


À l’opposé de la guérison de Kaeden, Orinis, lui, descendait toujours plus profondément dans la noirceur. Les terres arides qu’il traversait semblaient refléter son esprit, dévasté et stérile. Les jours et les nuits se succédaient, indifférenciés, sans but ni destination, comme s’il errait dans un monde sans fin, cherchant quelque chose qu’il savait pourtant inaccessible.

La vision de Gaiana, douce et belle, mais terriblement absente, le hantait. Parfois, il la voyait marcher à ses côtés, murmurer son nom avec une tendresse qui accentuait sa douleur. Il tentait de la chasser de son esprit, mais son image revenait sans cesse, telle une obsession, un rappel constant de ce qu’il avait perdu et de la haine qu’il ressentait pour Kaeden.

Au fil de ses errances, Orinis découvrit des villages détruits, des villes abandonnées, des cadavres laissés à l’abandon dans des champs calcinés. Chaque scène de désolation renforçait sa colère, nourrissait sa haine. Il commença à prendre pour cible les créatures malfaisantes qui croisaient son chemin. Mais ses combats n’étaient plus motivés par l’honneur ou la justice, mais par une rage incontrôlable, une violence brute qui le consumait davantage à chaque coup qu’il portait.

Un jour, alors qu’il campait dans les ruines d’une chapelle abandonnée, la vision de Gaiana lui apparut une nouvelle fois, mais cette fois, elle était différente. Son visage, autrefois doux et bienveillant, était désormais empreint d’une tristesse infinie, comme un reproche silencieux.

"Pourquoi te laisses-tu consumer ainsi, Orinis ?" murmura-t-elle, sa voix perçant l’obscurité de la chapelle.

Orinis, fou de douleur, cria : "Tu m’as abandonné ! C’est à cause de Kaeden ! Il a failli, et tu as payé le prix. Que veux-tu que je fasse, sinon le venger ?"

Mais Gaiana disparut, laissant Orinis seul dans les ténèbres de la chapelle. Son cri résonna dans les murs vides, se perdant dans le silence de la nuit. Orinis, réalisant l’ampleur de sa folie, se laissa glisser au sol, pleurant de rage et de désespoir.


Après plusieurs semaines à Kildraga, Kaeden, désormais presque rétabli, se sentit prêt à reprendre le chemin. Mais avant de quitter la cité, les guérisseurs lui confièrent une mission : un groupe de villageois avait été capturé par des bandits dans les montagnes voisines. Ils savaient que Kaeden, avec son expérience de guerrier, était le plus à même de les secourir.

Acceptant avec humilité, Kaeden se rendit dans les montagnes. Là-bas, il trouva un ancien berger reclus, une figure mystérieuse qui avaitdécider de mener une existence simple et isolée. Cet homme, nommé Thaldrik l’amena devant une source sacrée, une cascade limpide qui semblait scintiller sous les rayons du soleil.

"Regarde cette eau, Kaeden. Elle est pure, mais elle a traversé des rochers, des terres sales, pour parvenir ici. Elle a surmonté des obstacles et a choisi la voie de la paix. Sois comme l’eau. Ne laisse pas la haine te transformer." Kaeden semblait ne pas comprendre ce que le vieil homme essayait de lui dire. Malgré tout, ces mots résonnaient en lui et le touchèrent en plein coeur.

La mission de Kaeden se transforma en une quête intérieure, une réflexion sur la nature du pardon, de la paix intérieure et de la force véritable. En quittant les montagnes, il savait que son chemin serait celui de la reconstruction, mais aussi de la réconciliation, avec l’espoir secret qu’Orinis pourrait un jour retrouver la lumière.


Kaeden reprit le chemin pour aller sauver les villageois pris aux mains des bandits. Quand il vit les bandits, il n’eut même pas besoin de brandir son marteau. Sa force émanant de son armure suffit à déstabiliser les malgfrats, abandonnant instantanéments leurs otages et leurs butins.

Après avoir secouru les villageois, et les avoir ramenés sains et saufs à Kildraga, Kaeden se sentit à nouveau investi d'un but. La gratitude des personnes sauvées face à sa bravoure avait réveillé en lui cette soif d’aventure qui était née avec Orinis.

La quête du SPN reste inachevée. Cette mission lui avait rappelé la raison de son parcours : au-delà de ses blessures et de ses pertes, il restait un combattant avec une destinée à accomplir.

Se rappelant les Amazones, et leur chef Zéla, Kaeden sentit un élan de détermination. Ces guerrières farouches possédaient un savoir ancien et des ressources précieuses, et peut-être accepteraient-elles de l'aider à reprendre la quête. Ainsi, sans hésiter davantage, Kaeden se mit en route pour retrouver la tribu des Amazones, espérant renouer une alliance, malgré les tensions qu’ils avaient laissées derrière eux lors de leur première rencontre.

Le voyage était long, et Kaeden savait qu'il allait devoir faire face aux souvenirs de Gaiana et à la trahison d’Orinis qui hantaient encore son esprit. Mais, porté par une flamme nouvelle, il était déterminé à retrouver les Amazones et à poursuivre sa destinée.