✦ Chapitre XXV

Nos Chemins Divergeants

Le silence entre Orinis et Kaeden fut brusquement rompu par un grondement sourd, venu des ruines fumantes de Pédophilium. Une odeur nauséabonde, mélange de pourriture et de sang, s’intensifia dans l’air. Des silhouettes massives, semblables à des loups déformés, apparurent aux abords de la ville en ruines. Les créatures, appelées gargulots, semblaient nées de la fange de Pédophiliumelle-même, comme des ombres avides qui attendaient l'heure de leur festin.

Les gargulots étaient des monstres, au pelage irrégulier, teinté de rouge et de gris, comme s’ils avaient été couverts de sang séché et de cendre. Leurs yeux, injectés de rouge, brillaient d’une lueur affamée, et leurs bouches, bordées de crocs jaunis, dégoulinaient de mucus vert, épais et visqueux, qui laissait des traînées sur le sol à chacun de leurs pas. Leur langue, fourchue et recouverte de pustules, pendait hors de leur gueule comme un serpent affamé, se mouvant indépendamment, guettant le moindre mouvement autour d’eux.

Leurs griffes, semblables à des rasoirs acérés, crissaient contre les pierres calcinées de la cité en ruine, et ils s'approchaient de Kaeden et Orinis, attirés par l'odeur du sang et de la chair affaiblie des deux guerriers.

Kaeden, épuisé et blessé, resserra sa main autour de son marteau, prêt à se défendre malgré la douleur qui irradiait de son visage entaillé. Orinis, quant à lui, jeta un regard aux créatures avec une indifférence glaciale, mais l’éclat meurtrier dans ses yeux trahissait son désir de tout annihiler sur son passage.

Cependant, ni l'un ni l'autre n'avait la force de s’engager dans un combat supplémentaire, et les gargulots s’approchaient, leurs grognements résonnant de plus en plus fort. L’un des monstres renifla l’air avec avidité, sa langue visqueuse frémissant à l’odeur du sang de Kaeden.

"Il semble que nous soyons… l’appât de la journée," murmura Kaeden, le souffle court.

Orinis lui lança un regard sans dire un mot, puis, d’un geste rapide, s’éloigna en silence dans une direction, ses pas lourds traçant une ligne sans retour. Kaeden le regarda partir, mais il savait que l’instant n'était pas au règlement de leurs comptes.

Essuyant le sang qui coulait de sa blessure, Kaeden détourna les yeux de son ancien frère d’armes et se dirigea vers la forêt voisine, espérant y trouver des plantes médicinales pour soigner la profonde entaille marquée sur son visage.

Les gargulots, indifférents aux liens brisés, continuèrent à rôder, leurs langues vertes traçant des sillons gluants dans la poussière rouge.

Kaeden, épuisé et le visage marqué par une douleur lancinante, continua sa route en direction de Kildraga, une cité réputée pour ses guérisseurs et ses remèdes ancestraux. Le chemin était long, et chaque pas semblait tirer sur la plaie béante laissée par Orinis. La forêt s’étendait devant lui comme un couloir de verdure apaisant, offrant un contraste frappant avec les ruines de Pédophilium.

À l’horizon, il aperçut enfin les tours argentées de Kildraga, brillant dans la lumière du crépuscule. La ville était entourée de remparts recouverts de vignes et de fleurs éclatantes, un refuge de beauté et de sérénité au milieu de ce monde de guerre et de chaos.

En traversant les portes de la cité, Kaeden sentit la tension dans ses muscles se relâcher. Les guérisseurs de Kildraga l’accueillirent rapidement, reconnaissant en lui un guerrier blessé au corps et à l’âme. Ils le menèrent dans une salle de soins, où des onguents et des baumes aux herbes précieuses furent appliqués sur sa blessure, apaisant enfin la brûlure qui lui ravageait le visage.

Mais, malgré la chaleur bienveillante de la cité et les mains expertes qui le soignaient, Kaeden sentait le poids de la perte de Gaiana et la trahison d’Orinis peser sur son cœur, laissant une marque aussi profonde que celle gravée sur son visage.