La victoire contre les Bons Chibrons avait laissé Kaeden et Orinis euphoriques. Leur confiance était au sommet, et la Trompe leur avait donné un avantage qu’ils n’avaient même pas imaginé. Ils se sentaient invincibles, comme si rien ni personne ne pouvait les arrêter. Ils reprirent la route, plus déterminés que jamais, leurs rires résonnant encore dans l’air chaud de la plaine.
Mais ce qu’ils ignoraient, c’est que l’artefact avait une limite. Avec toute la poudre utilisée contre les Bons Chibrons, la Trompe avait épuisé sa magie. Et alors qu’ils avançaient, persuadés d’avoir un atout imbattable dans leur poche, leur chance était peut-être en train de tourner.
Souvenez-vous, Cosmalion récoltait les effluves de ses élèves, mais les réserves ne sont pas inépuisables. La magie a beau être puissante, elle a toujours un coût. Mais comment un tel artéfact avait atteri dans le gosier du Phalloneux ?
La Rencontre Inattendue
Ils marchaient depuis plusieurs jours, le paysage changeant lentement autour d’eux. Les plaines se transformaient en collines rocheuses, et l’air se faisait plus lourd, plus menaçant. Ils approchaient du territoire de l’Archonte Noir, un lieu que même les voyageurs les plus aguerris évitaient. Là régnait un seigneur cruel, un nom que l’on murmurait avec terreur dans les tavernes et les places de marché. Azrael le Magnifique.
Azrael n’était pas seulement un chef de guerre. C’était un homme à l’allure noble et au charisme indéniable. Mais derrière son sourire charmeur et son regard perçant se cachait une cruauté sans limites, une soif de domination qui avait jadis brisé des armées. Il était connu pour ses méthodes impitoyables, mais surtout pour sa façon de soumettre ceux qui osaient défier son autorité.
Kaeden et Orinis, inconscients de leur destin imminent, avançaient sereinement, leurs esprits encore bercés par leur récente victoire. Ils ne virent pas les ombres se faufiler entre les rochers, ni les regards perçants qui les observaient. Ce n’est que lorsqu’ils entendirent un rire doux et moqueur résonner dans la vallée qu’ils comprirent qu’ils n’étaient plus seuls.
L'Apparition d'Azrael
La brume se dissipa lentement, révélant une silhouette imposante, drapée dans un long manteau noir brodé de fils d’argent. Azrael le Magnifique se tenait là, debout sur un rocher, ses bras croisés et un sourire amusé étirant ses lèvres fines. Sa chevelure noire ondulait légèrement sous la brise, et ses yeux brillants semblaient percer jusqu’à l’âme.
"Eh bien, eh bien… qu'avons-nous là ?" lança-t-il d’une voix douce, presque charmeuse. "Deux héros arrogants qui pensent pouvoir traverser MON territoire sans ma permission ? Vous avez du culot, je vous l’accorde."
Kaeden se redressa, serrant son marteau. "Et toi, t’es qui pour parler comme ça ?"
Azrael descendit lentement de son perchoir, chacun de ses pas gracieux et mesurés, comme s’il dansait. "On ne t’a jamais appris les bonnes manières, mon garçon ?" répondit-il, un sourire moqueur aux lèvres. "Je suis Azrael le Magnifique, et tout ce que tu vois ici m’appartient. Le sable, les rochers… et même vos vies."
Orinis haussa un sourcil. "Magnifique, hein ? T’as pas peur de te jeter des fleurs ?"
Azrael s'arrêta, son sourire s'élargissant. "Oh, mais je ne fais que décrire la réalité. Voyez-vous, la beauté et la puissance vont souvent de pair. Et quand on possède les deux, on peut tout se permettre." Ses yeux se plissèrent légèrement. "Vous, par contre, vous êtes en territoire étranger, et ça… ça demande un paiement."
Kaeden, sûr de lui, sortit la Trompe et la brandit avec arrogance. "Tu sais ce que c’est, ça ? Une arme qui a mis à genoux tous ceux qui ont croisé notre chemin. Si tu ne veux pas finir comme les Bons Chibrons, tu ferais mieux de nous laisser passer."
Azrael regarda la trompe, puis éclata d’un rire cristallin. "Oh, c’est adorable. Vraiment. Vous pensez pouvoir m’intimider avec… ça ?"
Kaeden souffla dans la trompe avec toute sa force, attendant le jaillissement habituel de la Poudre de Cosmalion. Mais rien ne se produisit. Un sifflement faible, presque pathétique, résonna, suivi d’un silence gênant. Orinis échangea un regard inquiet avec Kaeden.
"Attends, pourquoi ça marche pas ?" murmura Kaeden, secouant la trompe comme si elle était en panne.
Un Dialogue Épique
Azrael les observa, amusé, puis s’avança lentement, ses yeux étincelant d’une lueur dangereuse. "Oh, je vois… vous avez mis tous vos espoirs dans un jouet magique, et maintenant il vous a abandonné. Quelle déception." Il s’arrêta à quelques mètres de Kaeden, le regardant droit dans les yeux. "Laissez-moi vous dire quelque chose, mes chers petits héros. Les vraies armes, les vraies forces, elles viennent de l’intérieur. Pas d’un artefact pathétique qui se casse après quelques utilisations."
Orinis serra ses lames, prêt à se battre. "On n’a pas besoin de ta leçon de morale, Azrael. On se battra, et on te terrassera."
Azrael soupira, levant les yeux au ciel. "Pourquoi est-ce que tous ceux que je rencontre pensent toujours pouvoir me défier ? Est-ce la jeunesse qui vous rend si idiots ?" Il fit un geste de la main, et une douzaine de ses hommes surgirent des ombres, armés et prêts à attaquer. "Vous voulez vous battre ? Très bien. Mais ne venez pas pleurer quand je réduirai vos rêves en poussière."
Kaeden et Orinis échangèrent un regard. Ils étaient sûrs de leur victoire. Ils avaient déjà battu des créatures bien plus terrifiantes que cet homme arrogant… mais quelque chose dans la voix d’Azrael les mettait mal à l’aise. Comme s’il savait déjà comment tout cela finirait.
"Très bien, alors," dit Kaeden, levant son marteau. "On va te montrer ce qu’on vaut."
La Première Défaite
La bataille fut rapide, brutale. Mais contrairement à toutes leurs confrontations précédentes, cette fois-ci, Kaeden et Orinis furent surclassés. Les hommes d’Azrael étaient nombreux, bien entraînés, et chacun de leurs mouvements semblait calculé. Pire encore, Azrael se contentait de les observer, son sourire narquois figé sur ses lèvres.
Kaeden tenta de frapper l’un des hommes d’Azrael, mais avant qu’il ne puisse même lever son arme, un coup violent le projeta au sol. Orinis se battit vaillamment, esquivant et frappant, mais les ennemis étaient trop nombreux. La trompe, désormais inutile, pendait mollement à la ceinture de Kaeden, comme une relique d’un passé glorieux qui s’était évaporé.
Azrael finit par s’avancer, ses pas légers et élégants, et s’arrêta au-dessus de Kaeden, qui luttait pour se relever. "Vous voyez ? Tout ce que vous avez accompli jusqu’ici, tout ce qui vous a fait croire que vous étiez invincibles… ce n’était qu’une illusion." Il se pencha, attrapant le menton de Kaeden pour forcer son regard à rencontrer le sien. "Et moi, je suis là pour vous rappeler que la réalité est bien plus cruelle."
Orinis tenta de se relever pour attaquer, mais un des hommes d’Azrael le plaqua au sol, l’empêchant de bouger. Azrael se redressa, levant les bras comme un chef d’orchestre devant une symphonie chaotique. "La leçon que vous apprendrez aujourd'hui est simple : l’arrogance mène à la chute. Souvenez-vous de cela, quand vous lécherez vos plaies ce soir."
Et sur ces mots, il fit signe à ses hommes de reculer, leur laissant juste assez de force pour se relever, humiliés mais vivants. Azrael se tourna une dernière fois, ses yeux brillants de malice. "La prochaine fois, je ne serai pas aussi clément. Et croyez-moi, il y aura une prochaine fois."
Kaeden et Orinis restèrent là, à genoux sur le sol poussiéreux, leurs corps meurtris et leur fierté en lambeaux. Pour la première fois, ils avaient été vaincus. Et ils savaient que leur quête allait devenir bien plus difficile que tout ce qu’ils avaient imaginé.