Le lendemain, le village de Lunaris les traitait comme des pestiférés. Pas de remerciements, pas d'applaudissements — juste des regards en coin et des portes qui se ferment. Apparemment, refuser de coucher avec les Gardiennes d'Ashverne, c'était pire que de laisser le Serpent les bouffer.
"On aurait peut-être dû accepter," marmonna Kaeden en s'étirant sous le soleil matinal.
Orinis, assis par terre, affûtait ses lames sans lever les yeux. "T'avais qu'à pas jouer les moralistes. Moi j'étais partant."
"C'est toi qui m'as dit qu'on devait se concentrer sur la quête !"
"J'ai dit ça ? J'ai pas dû réfléchir."
Ils savaient tous deux que la situation était délicate. Les Gardiennes d'Ashverne n'étaient pas simplement des guerrières. Leur réputation de rancunières et leur maîtrise des anciennes magies les rendaient dangereuses, surtout lorsqu'elles étaient humiliées. Mais les deux guerriers, fiers et intrépides, ne se laissaient pas facilement impressionner.
C'est alors qu'une silhouette apparut à l'entrée de leur tente.
Une Étrange Visite
Zéla, la cheffe des Gardiennes d'Ashverne, pénétra dans l'abri, son regard brûlant d'une colère à peine maîtrisée. Elle n'avait rien perdu de son allure guerrière, mais quelque chose dans son expression avait changé. Ses traits étaient plus durs, sa posture plus rigide. Derrière elle, quelques guerrières observaient en silence, prêtes à intervenir à la moindre provocation.
"Kaeden, Orinis," commença-t-elle, sa voix douce mais teintée de reproche. "Vous avez refusé l'honneur de notre tribu. Vous avez humilié les nôtres, et pour cela, je devrais vous chasser d'ici."
Kaeden croisa les bras, le sourcil levé. "Nous chasser d'ici alors que nous vous avons sauvés ?"
Zéla planta ses yeux dans les siens. "Là n'est pas la question. Notre tribu refuse de subir une telle humiliation. La dernière fois que cela est arrivé, nous avons rasé des villages entiers jusqu'à détruire toutes les preuves de l'affront subi."
Elle marqua une pause, puis se radoucit.
"Cependant, il existe peut-être un moyen de vous racheter."
Orinis, toujours alerte, observa la cheffe guerrière avec suspicion. "De quoi tu parles, Zéla ?"
Elle s'avança lentement, ses yeux trahissant quelque chose de plus sombre, de plus profond. "Vous avez prouvé que vous étiez dignes en battant la créature. Mais il y a une autre épreuve. Une épreuve qui pourrait non seulement apaiser notre rancune, mais aussi vous mener vers une puissance que vous ne soupçonnez même pas."
Les deux guerriers se redressèrent, leur intérêt soudain éveillé. Zéla sourit en voyant leur réaction.
"Vous pensez être forts, mais vous ne savez rien du véritable pouvoir. La créature que vous avez vaincue n'était qu'un test, un amusement pour des enfants. Si vous désirez vraiment dominer, si vous souhaitez transcender ce monde et affronter des ennemis dignes de vous, il vous faut obtenir le SPN doré."
Un silence lourd tomba dans la tente.
La Légende du SPN Doré
"Le SPN doré," répéta Kaeden, comme si le nom lui brûlait la langue. "J'ai entendu des histoires. Des légendes de taverne. Une substance qui confère un pouvoir au-delà de l'imagination. Mais personne n'a jamais prouvé que ça existait."
Orinis fronça les sourcils. "On raconte qu'une seule goutte peut transformer un guerrier ordinaire en machine de guerre. Que c'est la raison pour laquelle certaines créatures sont si puissantes — elles en sont gorgées. Mais le SPN doré… c'est comme parler de la source originelle. Le Graal des Graal."
Zéla les observa avec un demi-sourire. "Les légendes de taverne ont souvent un fond de vérité. Surtout quand elles parlent de substances… rares."
Elle s'approcha encore, le visage désormais grave. "Votre refus a piqué notre fierté, et nous avons juré de ne jamais laisser une telle offense impunie. Cependant je vois en vous une force, une arrogance qui pourrait bien vous mener là où tant d'autres ont échoué. Le SPN doré existe. Et je connais la voie pour vous en approcher."
Kaeden plissa les yeux. "Pourquoi nous aider alors que tu devrais nous punir ?"
Zéla esquissa un sourire amer. "Parce que si vous réussissez, nos querelles seront bien dérisoires. Le SPN doré est la clé pour atteindre le pouvoir ultime, mais son chemin est semé de dangers que même nos meilleures guerrières n'osent affronter. Si vous échouez, vous mourrez, et notre honneur sera restauré. Mais si vous réussissez…"
Elle laissa la phrase en suspens, un éclat de défi dans ses yeux.
Orinis réfléchit un instant, puis se redressa. "Où se trouve-t-il ?"
Zéla s'éloigna légèrement, observant les deux guerriers comme si elle jaugeait leur potentiel. "Le SPN doré repose au-delà des plaines, dans les profondeurs d'un temple oublié, gardé par des créatures venues d'un autre monde. On raconte que seule une âme assez téméraire pour se fondre dans les ténèbres et assez forte pour résister à la folie peut l'approcher. Beaucoup ont tenté, aucun n'est revenu."
Kaeden sourit. "Des créatures, des ténèbres, des risques de mort… tout ce qu'on aime."
Orinis, plus calme, croisa les bras. "Qu'est-ce que tu y gagnes, Zéla ?"
Elle le regarda intensément. "Si vous ramenez le SPN doré, tout le pouvoir qui en découle vous appartiendra. Mais en échange, vous nous devrez un service, une faveur… que je réclamerai en temps voulu."
Kaeden ricana. "Un service ? T'es sérieuse ? On ramène un artefact légendaire et tu nous demandes un coup de main en prime ?"
Zéla ne broncha pas. "Ce ne sera pas un simple coup de main. Mais nous en reparlerons lorsque vous reviendrez… si vous revenez."
Le Départ vers l'Inconnu
Kaeden et Orinis échangèrent un regard. Ce genre de regard qu'ils avaient déjà partagé sur le champ de bataille, quand la seule option sensée était de fuir et qu'ils décidaient quand même de rester.
"Nous acceptons," déclara Orinis.
Zéla acquiesça. Son sourire n'avait rien de rassurant. "Très bien. Soyez prêts à affronter vos plus grandes peurs, guerriers. La quête du SPN doré commence maintenant."
Ils quittèrent Lunaris avant midi, sans un regard en arrière. La route devant eux s'étendait vers l'inconnu, et pour la première fois, ni Kaeden ni Orinis n'avait la moindre idée de ce qui les attendait. Ce qui ne les empêchait pas de foncer.