Le désert les cueillit comme une claque. Après la moiteur poisseuse de la jungle, l’air sec leur brûlait les poumons et le sable crissait dans des endroits où le sable n’avait rien à foutre. Le désert s’étendait à perte de vue, un horizon de sable brûlant, où l’air semblait onduler sous la chaleur étouffante.
Kaeden, le regard rivé vers l'horizon, grogna en essuyant la sueur de son front. "Des kilomètres de sable… T’as déjà traversé un désert, toi ?"
Orinis, silencieux un moment, hocha la tête. "Pas comme celui-là. Mais j’ai connu la sécheresse, la faim, la fatigue… là d’où je viens, c’était ça tous les jours, même sans le désert."
Kaeden tourna légèrement la tête vers lui. "Raconte."
Sous le Soleil de Plomb
Tandis qu'ils marchaient, le vent du désert soufflant du sable à chaque pas, Orinis laissa échapper un soupir et se mit à parler de son passé, un passé que même Kaeden connaissait à peine. "J’ai grandi dans un village que personne n’aurait envie de connaître. La guerre, la famine, la misère… tout ce qu’un gamin devrait jamais voir, c’était notre petit-déjeuner. Mon père est mort avant que je comprenne ce qu’était la guerre. Ma mère a tenu un peu plus longtemps, mais pas assez."
Kaeden acquiesça en silence, sachant que les histoires d’Orinis résonnaient avec sa propre douleur.
"J’étais le plus jeune, mais ça voulait rien dire. Là-bas, t’apprends à te battre, à voler, à tuer — tout ce qui te permet de voir le lendemain. Les gens disent que les guerriers naissent dans le sang. Moi je dis qu’ils naissent dans la merde, avec la trouille au ventre et personne pour leur tenir la main."
Il marqua une pause, observant le sable brûlant sous ses pieds. "Et toi, Kaeden ? Ton village, il avait l’air aussi merdique que le mien."
Kaeden éclata de rire, malgré la chaleur pesante. "T’imagines pas à quel point. C’était pas vraiment différent, tu sais. Mon père était un guerrier, du genre à mourir pour des conneries qu’il comprenait même pas. Quand il est parti, on avait plus que nos poings pour survivre. Ma mère s’est battue pour nous garder en vie, mais elle aussi… elle a fini par tomber. J’étais tout seul avec mes sœurs. J’ai dû devenir un homme bien trop tôt."
Le silence retomba alors qu’ils avançaient, la chaleur devenant de plus en plus insupportable. Les deux héros se comprenaient sans avoir besoin de parler davantage. Ils avaient tous deux perdu leur enfance à cause des guerres, des souffrances, des responsabilités qui ne devraient jamais peser sur des épaules si jeunes. Mais maintenant, ils se battaient pour quelque chose de plus grand.
L'Apparition du Phallonneux
Le soleil déclinait doucement à l’horizon lorsque le sol sous leurs pieds commença à vibrer légèrement. Au départ, ils n’y prêtèrent pas attention, pensant que c’était une simple illusion causée par la chaleur. Mais les vibrations s'intensifièrent rapidement, et un son sourd, presque guttural, émergea des profondeurs du désert.
"Tu sens ça ?" demanda Kaeden en s’arrêtant brusquement.
Orinis plissa les yeux, scrutant le sable autour d’eux. "C’est pas bon, ça…"
Le sol se mit soudain à bouillonner à quelques mètres d’eux, et sans prévenir, une immense créature jaillit du sable, projetant des vagues de poussière dans les airs. Le Phallonneux venait de faire son apparition. Il ressemblait à un serpent gigantesque, mais sa forme grotesque et indécente ne laissait aucun doute sur son apparence de phallus monumental. Sa peau était recouverte de sable mouvant qui semblait fusionner avec son corps, lui permettant de se déplacer sous terre aussi facilement que dans l’air, un véritable chibre entièrement fait de cailloux et de sable.
Mais ce qui le rendait encore plus dangereux, c’était sa capacité à se dissoudre et se recomposer en une masse visqueuse et mouvante, se fondant littéralement dans le sable autour de lui pour attaquer par surprise.
"Eh merde," grogna Kaeden. "Encore un truc qui veut nous baiser… littéralement."
Orinis esquiva un premier assaut du Phallonneux, qui tenta de les envelopper dans une vague de sable mouvant. "Il est rapide et peut se fondre dans le sol. Faut trouver un moyen de l’immobiliser."
Kaeden brandit son marteau. "Si on peut pas frapper le sable, il faut le forcer à rester solide."
La Parade des Héros
Kaeden et Orinis esquivèrent plusieurs attaques du Phallonneux, qui semblait se jouer d’eux en disparaissant dans le sol à chaque fois qu’ils tentaient de l’approcher. La créature se recomposait à quelques mètres, projetant des vagues de sable et de substance visqueuse, cherchant à les piéger dans son piège sablonneux.
C’est Orinis qui eut l’idée.
"Le sable est son allié," dit-il en esquivant une nouvelle charge. "On doit l’obliger à rester en surface. Si on peut le priver de sa capacité à se fondre dans le sol, il ne pourra plus fuir."
Kaeden comprit aussitôt. "Tu veux qu’on le piège avec quelque chose de plus solide ?"
Orinis sourit. "Exactement. On a besoin d’un terrain plus dur. Si on peut l’attirer vers les rochers qu’on a vus plus tôt, il ne pourra plus se fondre dans le sable."
Les deux héros prirent la direction des formations rocheuses qu’ils avaient aperçues en début de journée. Le Phallonneux les suivit, sa colère augmentant à chaque échec. Une fois près des rochers, Kaeden et Orinis mirent leur plan en action. Ils commencèrent à attaquer avec des coups puissants, forçant la créature à rester à la surface.
Kaeden frappa de toutes ses forces avec son marteau, créant des ondes de choc dans la roche. Orinis, avec sa précision habituelle, l’attaqua à la base de son corps visqueux, le forçant à se reformer encore et encore. Le Phallonneux, incapable de se fondre dans le sable, finit par se désagréger sous leurs attaques.
Dans un dernier cri guttural, la créature s’effondra, laissant derrière elle une immense flaque de sable visqueux.
La Découverte de l'Artefact
Alors que le Phallonneux se dissolvait dans le sable, quelque chose brilla au centre de la flaque. Orinis s'approcha prudemment, sa lame prête, et dégagea ce qui semblait être un objet étrange enfoui dans la matière visqueuse.
Kaeden le rejoignit, haussant un sourcil. "Qu’est-ce que c’est que ça ?"
Ils extirpèrent un artefact ridiculement grotesque : un cylindre d’or sculpté en forme de trompe d’éléphant, mais avec une ouverture douteuse à l'une de ses extrémités, qui ressemblait étrangement à un orifice humain. Malgré son apparence ridicule, l'objet émettait une lueur mystique, signe qu’il contenait un pouvoir caché.
Orinis le tourna dans ses mains, perplexe. "Une trompe dorée… Qui aurait pensé à ça ?"
Kaeden éclata de rire. "Je te parie qu’elle a des pouvoirs bien plus utiles qu’elle en a l’air."
Orinis soupira. "On a survécu au Phallonneux, on va réussir à gérer une trompe. Continuons."
Ils reprirent la route, la Trompe grotesque calée dans le sac de Kaeden. Le désert s'étendait encore devant eux, mais quelque chose avait changé. Ils n'étaient plus juste deux mecs avec des armes. Ils avaient un artefact magique en forme de trompe d'éléphant avec un trou du cul au bout. La gloire, quoi.